Affichage des articles dont le libellé est George Georgescu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est George Georgescu. Afficher tous les articles

mercredi 26 mars 2014

Georgescu dirige Franck et Strauss

La firme japonaise Tobu Recordings m'a passé la commande de notices pour accompagner l'édition de CD consacrés au chef George Georgescu. Ci-dessous, voici l'article que j'ai rédigé pour accompagner cette publication d'un enregistrement d’œuvres de César Franck et Richard Strauss.

http://www.tobu-trading.com/shinpu-elect11.html

Georgescu honore la musique de César Franck (1822-1890) tout au long de sa vie artistique. L’œuvre qu’il dirige le plus souvent sont les Variations Symphoniques pour piano et orchestre, données à treize reprises de 1930 à 1962. Le Prélude, choral et fugue, dans l’arrangement réalisé par Gabriel Pierné, est donné quatre fois dans les années 1930. La Symphonie en ré mineur est quant à elle jouée dès 1921 à l’occasion d’un récital consacré à la musique française et russe. Georgescu la dirige encore trois fois jusqu’en 1928, et de nouveau à quatre occasions de 1939 à 1944.

Son ultime interprétation de cette œuvre est celle présentée sur ce CD. Cette prestation qui termine un concert du 15 juin 1964 (1) marque aussi la fin d’une époque : plus jamais Georgescu ne dirigera un orchestre. Le vieux chef est malade de cœur depuis plusieurs années et sa santé continue à se dégrader.

Sous la baguette de Georgescu, la Symphonie de Franck devient une immense prière. Les premières mesures, murmurées dans le souvenir du pianissimo presque inaudible de Nikisch, préludent à une vision fiévreuse, tout en effrois et trémolos. Le chef obtient de ses musiciens une intensité d’interprétation qui souligne la modernité d'une partition longtemps incomprise. La délivrance du Finale, avec le rappel des thèmes musicaux des mouvements précédents selon le principe cyclique, prend ici une ferveur particulière. Il est tentant de voir dans cette salutaire rédemption l’adieu d’un maître.

Richard Strauss (1864-1949) était pour Georgescu un soutien indéfectible et un ami. Le chef le lui rendit bien : il dirigea des oeuvres de Strauss avec constance et amour.

Georgescu est à la fois un chef héritier de la grande tradition berlinoise et un fervent défenseur de la musique contemporaine. Son répertoire comprend des pièces d'Enescu et de la jeune école roumaine, de Ravel et Honegger, de Stravinsky et Prokofiev. Il dirige aussi Sibelius, Khatchatourian, Janáček et Martinů, Britten, Szymanowski, Bartók et Kodály, Respighi et même Gershwin. Cette énumération pourrait encore continuer. Pour ce que nous pouvons en juger, son approche très engagée de la musique moderne procède d'un esprit particulier : c'est qu'il n'est plus le gardien d'une illustre tradition, mais l’un de ses inventeurs, posant les bases d'un nouveau standard d'interprétation. Till Eulenspiegel, enregistré en public le 20 mai 1962, prouve combien Georgescu savait mettre en valeur l'exubérance, l'humour et le lyrisme d'une page exacerbée, sans jamais se départir d'un très grand sens de l'orchestre.

Cette œuvre de Strauss concluait aussi le premier concert de Georgescu à Berlin, le 15 février 1918. Le présent CD permet dès lors d’embrasser de façon symbolique la très longue carrière d’un grand chef.

Alain Chotil-Fani

(1) Concert donné dans la salle de la radio, en raison de l’indisponibilité momentanée de l’Athénée Roumain (Ateneul Român) où se produit habituellement la Philharmonie.

*
**

Georgescu honors Cesar Franck’s (1822-1890) music throughout his entire artistic life. The work he most frequently conducts are the Symphonic Variations for piano and orchestra, performed thirteen times from 1930 to 1962. The Prelude, Chorale and Fugue, in the arrangement carried out by Gabriel Pierné, is performed four times in the 30’s. As for the Symphony in D Minor, it is performed as of 1921 for a recital dedicated to French and Russian music. Georgescu conducts it three more times until 1928, and again on four occasions from 1930 to 1944.

His last interpretation of this work is the one which is presented on this CD. This performance, which ends a concert given on June 15th, 1964 (1), marks the end of an era ; never again will Georgescu conduct an orchestra. The aging conductor suffers from heart problems and his health continues to degenerate.

Under Georgescu’s baton, Franck’s Symphony becomes an immense prayer. The first measures, murmured in a remembrance of Nikisch’s nearly inaudible pianissimo, prelude a feverish vision, filled with terror and tremolos. The conductor is given by his musicians a depth of interpretation which underlines the modernity of a partition, for a long time misunderstood. The release of the Finale, with a recall of the preceding musical themes, following the cyclic form, take on here an exceptional fervor. It is tempting to see in this salutory redemption the farewell of a master.

Richard Strauss (1864-1949) was for Georgescu an unfailing support and a friend. The conductor renders him this fidelity : he conducts Strauss’ works with consistency and love.

Georgescu is at the same time an inheritor in the great Berlin tradition and a powerful defender of contemporary music. His repertory includes pieces by Enescu and the young Romanian school, by Ravel and Honegger, and by Stravinsky and Prokofiev. He also conducts Sibelius, Khatchatourian, Janáček and Martinů, Britten, Szymanowski, Bartók and Kodály, Respighi and even Gershwin. This enumeration could yet be extended. As far as we can judge, his very deeply committed approach to modern music arises from a special position : his is no longer the guardian of an illustrious tradition but one of its initiators, laying the foundations of a new standard of performance. Till Eulenspiegel, recorded in public on May 20th, 1962, proves again how much Georgescu was able to express exuberance, humour, and the lyricism of an exacerbated piece, without ever abandonning a great orchestral feeling.

This work by Strauss concluded also the first concert conducted by Georgescu in Berlin on February 15th, 1918. This CD also allows us, in a symbolic manner, to encompass the great master’s very long career.

English translation by Marian Leclerc-Schroeder

(1) Concert given in the Radio Hall, due to a momentary unavailability of the Romanian Athenaeum (Ateneul Român) where the Philharmonic usually appears.

Georgescu dirige Brahms

La firme japonaise Tobu Recordings m'a passé la commande d'une notice pour accompagner l'édition de CD consacrés au chef George Georgescu. Ci-dessous, voici l'article que j'ai rédigé pour accompagner cette publication d'un enregistrement d’œuvres de Brahms.

http://www.tobu-trading.com/shinpu-elect11.html

Dans une période où les goûts musicaux sont trop souvent dévoyés par des préjugés nationalistes, le violoniste Henri Marteau est l’un des rares artistes français à comprendre et à défendre la musique de Johannes Brahms (1833-1897) (1). Son ami le violoncelliste allemand Hugo Becker, avec qui il joue longtemps en formation chambriste, connaissait personnellement le compositeur de Hambourg. Ainsi, quand le jeune Georgescu remplace Hugo Becker au sein du Quatuor Marteau, il peut bénéficier d’inestimables conseils pour assimiler et interpréter l’œuvre de Brahms. Et quand il devient l’élève d’Arthur Nikish, personne n’avait oublié l’éloge d’un compositeur si intransigeant sur le savoir-faire du chef hongrois.

L’ombre de Brahms plane sur les années de formation du jeune Georgescu. Il ne l’oubliera jamais. A côté de Beethoven, R. Strauss, Enescu et peut-être Wagner, Brahms est l’auteur que Georgescu dirige le plus souvent. Son répertoire inclut le cycle des Symphonies et les quatre Concertos, l’Ouverture tragique, les Variations sur un thème de Haydn et trois lieder avec accompagnement d’orchestre.

A plusieurs occasions, en 1933, 1940 et 1964, il présente un programme entièrement dédié à Brahms. Le présent CD en porte un témoignage avec l’enregistrement issu d’un concert du 23 mai 1964 consacré à la 3e Symphonie en fa majeur et au 2e Concerto pour piano en si bémol majeur, dont Sviatoslav Richter est le soliste. Ce témoignage donne à entendre un Brahms au caractère robuste, résolument symphonique et éperdu de lyrisme (Poco Allegretto) alors que l’Allegro conclusif étonne par ses fulgurances et l’attention portée aux articulations.

Les Variations sur un thème de Haydn semblent avoir été assez rarement jouées par Georgescu. Après des interprétations en 1929 et 1949, il faut apparemment attendre février 1964 pour les retrouver dans un de ses programmes, à l’occasion d’un autre cycle Brahms complété par le 1er Concerto pour piano en ré mineur (avec le pianiste Alexandru Demetriad) et la 2e Symphonie en ré majeur. Le chef roumain prend un soin manifeste à souligner tous les détails d’une partition brillante, jusqu’à l’immense Passacaille finale qu’il fait sonner à la façon d’un hymne triomphal.

Alain Chotil-Fani

(1) Henri Marteau (1874-1934) joue le Concerto pour violon de Brahms à Angers en 1891, plus d’une décennie avant la prétendue « création française » par Lucien Durosoir (Cf. revue Angers-Artiste n° 25 de mars 1891).

*
**

In a time when musical tastes are too often laid astray by nationalistic prejudices, violinist Henri Marteau is one of the few French artists who understood and defended Johannes Brahms’ (1833-1897) music (1). His friend, the German violincellist Hugo Becker, with whom he performed for a long time in chamber ensembles, knew the Hamburg composer personally. So, when the young Georgescu replaces Hugo Becker in the Marteau Quartet, he can benefit from invaluable advice to assimilate and interpret Brahms’ work. And when he becomes Arthur Nikish’s student, no one had forgotten the praise received from a composer who was so uncompromising about the Hungarian maestro’s know-how.

Brahms’ shadow looks down over young Georgescu’s years of training. He will never forget it. Besides Beethoven, Richard Strauss, Enescu and perhaps Wagner, Brahms is the musician who was the most frequently performed by Georgescu. His repertory includes the Symphonies cycle and the four Concertos, the Tragic Overture, the Variations on a Theme by Haydn and three lieder with orchestral accompaniment.

On several occasions, in 1933, 1940 and 1964, he proposes a program entirely dedicated to Brahms. This CD is a testimony to it, with the recording from a concert given on May 23rd, 1964, which includes the Symphony No. 3 in F major and the Piano Concerto No. 2 in B-flat major, with Sviatoslav Richter as a soloist. This recording which allows us to hear a Brahms endowed with a robust nature, resolutely symphonic and filled with lyricism (Poco Allegretto), when the final Allegro surprises us by its fulgurating flashes and the attention it gives to articulation.

The Variations on a Theme by Haydn seems to have been very rarely performed by Georgescu. After his 1929 and 1949 performances, we must wait until February 1964 to hear them in one of his programs, when the occasion of another Brahms’ cycle was completed by the Piano Concerto No. 1 in D minor (with the pianist Alexandru Demetriad) and the Symphony No. 2 in D major. The Romanian conductor gives deep attention to all details of a brilliant partition, up until the superb final Passacaglia which he lets resound in the manner of a triumphant hymn.

English translation by Marian Leclerc-Schroeder

(1) Henri Marteau (1874-1934) performs Brahms’ Violin Concerto in Angers in 1891, more than a decade before the so called « French first performance » by Lucien Durosoir (cf. review Angers-Artiste n° 25, March 1891).

Georgescu dirige Schubert

La firme japonaise Tobu Recordings m'a passé la commande d'une notice pour accompagner l'édition de CD consacrés au chef George Georgescu. Ci-dessous, voici l'article que j'ai rédigé pour accompagner cette publication des deux dernières symphonies de Franz Schubert.

http://www.tobu-trading.com/shinpu-elect11.html



A l’instar de Ludwig van Beethoven, mais en suivant d’autres principes que son contemporain, Franz Schubert (1797 – 1828) ouvre le genre de la Symphonie à de nouveaux horizons. Ce maître du lied transcende la grande forme orchestrale en lui offrant toute l’expressivité de son art mélodique. Avec lui, la Symphonie devient chant et peut exprimer une profondeur lyrique jusqu’alors inouïe. Un autre aspect peut-être plus méconnu de l’art schubertien est l’adoption de musiques populaires, non pas citées à des fins folkloriques ou anecdotiques, mais pour ainsi dire incorporées dans l’essence même de son processus créateur.

Cette alliance novatrice octroie aux œuvres orchestrales de Schubert une remarquable vérité de sentiments. Ses dernières Symphonies en particulier ne ressemblent à rien d’autre qui fût écrit à la même époque. Cela explique sans doute en partie pourquoi ces pages mirent tant de temps à s’imposer, bien des années après la mort du compositeur. L’on peine à imaginer que la Symphonie en do majeur (dite la « Grande », D 944) devint objet de sarcasmes de la part des premiers interprètes.

George Georgescu dirige pour la première fois l’Inachevée (D 759) en février 1920 et ajoute la Symphonie en do à son répertoire une année plus tard. Ces deux œuvres reviennent régulièrement dans ses récitals pendant les années d’avant guerre, jusqu’en 1941 ; il faudra ensuite attendre vingt-deux ans avant qu’il ne dirige encore la « Grande » Symphonie en concert. Le présent enregistrement en propose une captation réalisée lors d’un récital de fin mars 1963 (1). L’Inachevée est quant à elle enregistrée en studio vraisemblablement à la même période.

George Georgescu, qui a tant travaillé la cantilène avec son maître de violoncelle Hugo Becker avant d’embrasser la carrière de chef, savait combien le sens de la mélodie était vital pour servir ces œuvres. Sa direction jamais brutale honore cette musique de l’intime avec une exaltation qui ne cède pas à la tentation de bousculer l’orchestre. Il aborde ces pages avec rigueur et passion, attentif à faire sonner cette Philharmonie de Bucarest dont il était l’architecte historique. Le Finale de la Grande Symphonie, immense chant d’apothéose, donne l’occasion aux musiciens roumains d’exprimer leur art du contre-chant. Le pupitre de violons imprime à ce mouvement un allant irrésistible, jusqu’à la magistrale coda faisant songer au paroxysme d’une fête païenne. Georgescu, chef latin instruit dans la grande tradition germanique, était idéalement placé pour comprendre le caractère de cette musique ouverte sur le monde, comme l’était la cité de Vienne avec ses multiples nationalités qui en faisaient la richesse.

Alain Chotil-Fani

(1) Concert du 30 ou 31 mars 1963, des récitals au programme identique ayant été donnés à Bucarest lors de ces deux dates. Georgescu dirige une dernière fois la Symphonie en do au Festival de Salzbourg le 12 août de cette même année avec la Philharmonie Tchèque.

*
**

Following Beethoven’s example, but other rules than his contemporary, Franz Schubert (1797-1828) opens the symphony genre to new horizons. A master of the lied, he transcends the great orchestral form by providing it with the total expression of his melodic art. With him the Symphony becomes a song, enabling it to express an until then unknown lyrical depth. Another perhaps more unknown aspect of the Schubertian art is the adoption of popular music tunes. These are cited, not for folkloric nor anecdotic reasons, but integrated so to speak in the very core of his creative power.

This new alliance to Schubert’s orchestral works opens it to deep and true feelings. Especially his last Symphonies which resemble nothing else written at the same period. Perhaps this explains partially why these pages needed so much time to be fully recognized many years after the composer’s death. It’s hard to believe that the Symphony in C Major (called the “Great”, D 944) was ridiculed by the first performers.

George Georgescu conducts for the first time the “Unfinished” (D 759) in February 1920 and introduces the Symphony in C Major in his repertory a year later. Both works appear regularly in his recitals during the pre-war years, until 1941. Twenty two years will pass before he directs the “Great” Symphony again in concert. This recording proposes a new take on it carried out during a recital at the end of March 1963 (1). As for the “Unfinished”, it was studio recorded, most probably at the same time.

George Georgescu, who worked so much on the cantilena with his cello master, Hugo Becker, before becoming a conductor, knew how vital the meaning of melody was for these works. Never brutal in his conducting, he provides this intimate music form with an exaltation which does not indulge into putting pressure on the orchestra. He approaches these pages with a rigor and passion, cautious to let resound the Bucharest Philharmonic of which he was an historic initiator. The “Great” Symphony Finale, a huge apotheosis sound, gives an opportunity to Romanian musicians to express their art of the counterpoint. The violin section gives an irresistible boost to this movement, up until the magistral coda, which reminds us of the paroxysm of a pagan festival. George Georgescu, a Latin conductor raised in the great Germanic tradition, was in an ideal position to understand the nature of this music, open to the world, just as the capital of Vienna was endowed with the wealth of its many nationalities.

English translation by Marian Leclerc-Schroeder

(1) The concerts on March 30th and 31st, 1963 : recitals with the same program were given in Bucharest, on these two dates. George Georgescu conducts the work for the last time with the Czech Philharmonic Orchestra at the Salzburg Festival on August 12th, the same year.

George Georgescu le bâtisseur

En 2013, la firme japonaise Tobu Recordings a publié 3 CD consacrés au chef d'orchestre George Georgescu. J'ai été contacté pour la rédaction des notices. Voici donc le premier des articles rédigés pour Tobu : une biographie rapide du maître.

*
**


C’était un chef parmi les plus grands. De ces chefs dont la race est en train de s’éteindre et dont la totale maîtrise et la profonde musicalité savaient se fondre dans la pensée de l’auteur interprété, sans jamais s’installer à sa place. [Henri Barraud, compositeur et directeur de l’ORTF, en 1964]

Après des débuts prometteurs comme violoncelliste du Quatuor Marteau, le Roumain George Georgescu (Sulina, 1887- Bucarest, 1964) doit abandonner son instrument à cause d’une blessure à la main. Avec le soutien de Richard Strauss, il devient alors élève d’Arthur Nikisch. En 1918, Georgescu étrenne sa carrière de chef d’orchestre en dirigeant la prestigieuse Philharmonie de Berlin. Sous son égide, l’orchestre Philharmonique de Bucarest devient une formation d’élite, appréciée par de nombreux chefs et compositeurs venus de l’étranger. Georgescu s’illustre également en tant que chef lyrique en dirigeant plusieurs saisons à l’Opéra de la capitale roumaine.

Des tournées le font connaître sur la scène internationale. Aux Etats-unis, il remplace au pied levé Arturo Toscanini pour la fin de la saison 1926. Georgescu est désormais reconnu comme interprète hors pair, notamment pour les pages orchestrales de Ludwig van Beethoven, Johannes Brahms et Richard Strauss, avec qui il conserve un lien privilégié. Son vaste répertoire offre également une place de choix à la musique roumaine contemporaine.

Pendant la deuxième guerre mondiale, les services de propagande exploitent son talent. En 1944, la Roumanie change de camp et s’engage au côté des Alliés. Ce renversement d’alliance provoque sa mise à l’écart, une décision qui suscite l’indignation de George Enescu, le plus grand compositeur du pays.

Georgescu est réhabilité en 1953 (1). Il retrouve la Philharmonie de Bucarest et en conserve la direction jusqu’à sa disparition, onze années plus tard. En 1955, l’orchestre prend le nom de « Philharmonie George Enescu ».

Cette dernière période est marquée par de nouvelles tournées à succès (USA, 1960) et plusieurs enregistrements, dont une intégrale des Symphonies de Beethoven très remarquée (2). A sa mort, Georgescu est considéré comme l’un des derniers dépositaires d’une illustre tradition de direction d’orchestre, alliant « une étonnante sensibilité au détail avec une immense intelligence (…) lorsqu’il développait l’ensemble d’une œuvre » (Msistlav Rostropovich).

Alain Chotil-Fani

Alain Chotil-Fani est l’auteur du livre « Antonín Dvořák , un musicien par-delà les frontières » (éditions Buchet-Chastel) en coopération avec Éric Baude.

(1) Il faut sans doute voir dans cette décision une conséquence de la mort de Staline, mort quelques mois plus tôt. Constantin Silvestri, jusqu’alors titulaire de la Philharmonie, est nommé directeur de l’Opéra roumain et de l’orchestre de la Radio. Certaines sources parlent d’une injustice dont Georgescu serait l’instigateur. Il paraît toutefois établi que le grand chef roumain n’était pas impliqué dans l’action politique. Son aura internationale était telle que le maintenir à l’écart devenait difficile. Du reste, Georgescu devait rendre à Silvestri le plus beau des hommages en dirigeant avec panache sa Toccata symphonique au cours du Festival Enescu de 1958.

(2) Disponible chez Tobu Recordings

Sources :

  • Georgescu Tutu, « George Georgescu », ediţia  a II-a revizuită şi adăugită, Bucureşti, Editura Muzicală, 2001 Cosma Viorel (sous la direction de), « Dirijorul George Georgescu / Mărturii în contemporaneitate », Bucureşti, Editura Muzicală, 1987
  • Chotil-Fani Alain, site internet « Souvenirs des Carpates », http://souvenirsdescarpates.blogspot.fr


*
**

He was among the most famous conductors. A conductor whose race is dying and whose total command and profound musicality knew how to blend into the feelings of the author he was performing, without ever taking over his role. (Henri Barraud, composer and director of the ORTF, in 1964)

After a promising start as a cellist in the Marteau Quartet, the Romanian George Georgescu (Sulina, 1887 - Bucharest, 1964) must abandon his instrument due to a hand wound. With the support of Richard Strauss, he then becomes one of Arthur Nikisch’s students. In 1918, Georgescu begins his career as a conductor in directing the prestigious Philharmonic of Berlin.

Under his aegis, the Philharmonic Orchestra of Bucharest becomes an elite formation, appreciated by numerous foreign conductors and composers. Georgescu also becomes renown as a lyric conductor while directing the Opera for several seasons in the Romanian capital. His tours make him well known on the international scene. In the United States, he stands in for Arturo Toscanini at the end of the 1926 opera season. Georgescu is henceforth recognized as an outstanding performer, notably for the orchestral pages of Ludwig van Beethoven, Johannes Brahms and Richard Strauss, with whom he retains privileged ties. His vast repertory also gives a choice place to contemporary Romanian music.

During the second world war, the propaganda services make use of his talent. In 1944, Romania changes sides and commits itself to the Allied cause. This reversal of alliances forces Georgescu to step aside. Such a decision incites the indignation of the greatest Romanian composer, George Enescu.

Georgescu’s name is cleared in 1953 (1). He returns to the Bucharest Philharmonic where he will keep the director’s title, until his death, 11 years later. In 1955, the Orchestra takes on the name of « George Enescu Philharmonic » .

This last period is marked by new successful tours (USA, 1960) and by several recordings, among which the remarkable complete Beethoven Symphony Cyle (2). At his death, Georgescu is considered to be one of the last depositaries of an illustrious tradition of orchestral conducting, combining « a surprising sensibility to detail with a great intelligence (...) whenever he performed an entire work." (Msistlav Rostropovich).

Alain Chotil-Fani - English translation by Marian Leclerc-Schroeder

Alain Chotil-Fani is the author of the book : « Antonín Dvořák , un musicien par-delà les frontières  » (Editions Buchet-Chastel) in collaboration with Éric Baude.

(1) One must undoubtedly see in this decision a consequence of Stalin’s death several months earlier. Constantin Silvestri, up until this time holder of the Philharmonic, is named Director of the Romanian Opera and the Radio Orchestra. Some sources speak of an injustice of which Georgescu would have been the perpetrator. It seems certain, however, that the great Romanian conductor was not involved in any political action. His international prestige was such that keeping him in the background became difficult. Moreover, Georgescu later rendered the most beautiful homage to Silvestri by directing with panache his symphonic Toccata during the Enescu Festival in 1958.

(2) Available at Tobu Recordings

Sources :

Georgescu Tutu, « George Georgescu », ediţia  a II-a revizuită şi adăugită, Bucureşti, Editura Muzicală, 2001 Cosma Viorel (under the conduction of), « Dirijorul George Georgescu / Mărturii în contemporaneitate », Bucureşti, Editura Muzicală, 1987

Alain Chotil-Fani’s Internet website « Souvenirs des Carpates », http://souvenirsdescarpates.blogspot.fr

dimanche 5 janvier 2014

George Georgescu : discographie

Il existe peu de témoignages enregistrés de l'art de George Georgescu. La firme Lys a eu la bonne idée de reprendre des "vieilles cires" dans sa collection numérique "L'art de George Georgescu", mais elle est aujourd'hui épuisée. Depuis une dizaine d'années, les maisons roumaines Electrecord et Editura Casa Radio s'efforcent d'exploiter leurs archives.

Le label japonais Tobu Recordings a repris le flambeau en proposant de nouvelles éditions en CD, directement issues des bandes originales et non repiquées à partir de 33 tours. L'on trouvera au catalogue de cette maison l'intégrale symphonique de Beethoven et trois nouveaux CD (janvier 2014) avec des oeuvres de Franck, R. Strauss, Schubert et Brahms - trois dernières parutions dont j'ai eu le plaisir (et l'honneur) de rédiger la notice.

A noter que les amateurs d'archives en disques noirs pourront rechercher d'autres enregistrements en provenance des ex-pays communistes (Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne, URSS),  et, étonnamment, de chez His Master's Voice !

ANDRICU, Mihail


Serenada pentru orchestra, op. 9


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (Orchestre Philharmonique George Enescu de Bucarest)

BACH, Johann Sebastian


Concerto pour 2 violons en ré mineur, BWV 1043



BEETHOVEN, Ludwig van


Une intégrale des symphonies a été enregistrée (vinyles) par Electrecord, éditée en CD par la défunte firme Lys, et est réapparue dans les années 2000 au catalogue d'Electrecord, le label roumain. Une nouvelle édition a été publiée au Japon, chez Tobu Recordings (http://www.hmv.co.jp/en/artist_Beethoven-1770-1827_000000000034571/item_Comp-symphonies-Georgescu-George-Enescu-Po-Etc_5153145), à partir des bandes originales. Je ne mentionne plus ci-dessous les références de cette dernière édition.


Ouverture Coriolan op. 62

  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 8'38 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Ouverture Egmont op. 84


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 8'54 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Ouverture Leonore III op. 72a


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 13'17 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Symphonie n° 1 op. 21 en do majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 10'49+7'17+3'26+5'57 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Symphonie n° 2 op. 36 en ré majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 12'13+13'25+3'34+6'21 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Symphonie n° 3 op. 55 "Eroica" en mi bémol majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 15'02+17'51+6'18+12'37 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Symphonie n° 4 op. 60 en si bémol majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 10'34+11'47+6'18+7'06 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Symphonie n° 5 op. 67 en do mineur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 8'18+10'43+5'59+8'46 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Symphonie n° 6 op. 68 "Pastorale" en fa majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 8'54+14'46+5'17+3'30+9'57 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Symphonie n° 7 op. 92 en la majeur


  • Orchestre Philharmonique Tchèque (1955) 13'51+10'43+8'55+7'25 [CD Lys 544-545 + Liszt, R. Strauss, Rachmaninoff]
  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 12'12+9'27+8'23+6'45+9'57 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

Symphonie n° 8 op. 93 en fa majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1960-61) 9'31+4'05+5'13+8'04 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]



Symphonie n° 9 op. 125 "Ode à la joie" en ré mineur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti, Emilia Petrescu, soprano - Martha Kessler, mezzo-soprano - Ion Piso, ténor - Marius Rintzler, basse - Chœurs mixtes de la Philharmonie et de la Radiotélévision Roumaine (chantée en roumain, 1960-61) 15'14+11'26+15'25+26'13 [CD LYS 485-490 + intégrale des symphonies de Beethoven]

  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti, Emilia Petrescu, soprano - Martha Kessler, mezzo-soprano - Ion Piso, ténor - Marius Rintzler, basse - Chœurs mixtes de la Philharmonie et de la Radiotélévision Roumaine  (live 1961) [Editura Casa Radio, 2012 http://www.edituracasaradio.ro/prod.shtml?grp=4&cat=20&prod=796]


BRAHMS, Johannes


Variations sur un thème de Haydn, op. 56



Concerto pour violon et orchestre op. 77 en ré majeur



Concerto n°2 pour piano et orchestre op. 83


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Sviatoslav Richter, piano (1950) 17'17+8'50+12'24+9'10 [CD UCMR-ADA 067 + Prokofiev, Tchaïkovsky, R. Strauss]
  • USSR State Symphony Orchestra - Sviatoslav Richter, piano [CD Brilliant Classics "Sviatoslav Richter - Concerto Edition", 10 CD + Schumann]

Symphonie n°3 op. 90



Double Concerto op. 102

  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti, Ştefan Gheorghiu, violoniste - Radu Aldulescu, violoncelle (archives de la radio roumaine)

CHAUSSON, Ernest


Poème op. 25


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Ion Voicu, violon

CONSTANTINESCU, Paul


Din Suita Trei dansuri româneşti



Înfrăţire - Rapsodie coregrafică 



Suita din baletul Nuntă în Carpaţi




DEBUSSY, Claude


Prélude à l'après-midi d'un faune


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti 10'25 [CD UCMR-ADA 092 + Franck, Roussel, Brahms]


DIMITRESCU, Gheorghe


Oratoriul eroic "Tudor Vladimirescu"


  • Orchestra si corul de femei ale Filarmonicii George Enescu din Bucureşti, corul barbatesc al Ansamblului artistic Doina al armatei (Orchestre et chœur de femmes de la Philharmonie George Enescu de Bucarest, chœur de garçons de l'Assemblée artistique Doina)

DUKAS, Paul


L'Apprenti sorcier


  • Orchestre d'Etat d'URSS (15/01/1958) 11'15 [CD Lys 501]

ENESCU, George


Rhapsodie Roumaine n°1


  • Orchestra Filarmonicii din Bucureşti (1942) 11'40 [CD Lys 313]
  • Orchestra Filarmonicii din Bucureşti (années 1950 [!]) 11'20 [CD Electrecord EDC 540] - en dépit de l'année indiquée par la maison de disques, l'interprétation ne semble pas être différente de celle de 1942. Remarque identique pour la Rhapsodie n° 2 et la Symphonie ci-dessous.

Rhapsodie Roumaine n°2


  • Orchestra Filarmonicii din Bucureşti (1942) 11'59 [CD Lys 313]
  • Orchestra Filarmonicii din Bucureşti (années 1950 [!]) 11'32 [CD Electrecord EDC 540]

Symphonie n°1 op. 13


  • Orchestra Filarmonicii din Bucureşti (1942) 12'02+12'45+10'51 [CD Lys 313]
  • Orchestra Filarmonicii din Bucureşti (années 1950 [!]) 11'56+12'42+10'06 [CD Electrecord EDC 540]

Suite pour orchestre n° 1 op. 9


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti

FRANCK, César


Symphonie en ré mineur

  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti 17'53+10'16+9'19 (live 15 juin 1964, dernière oeuvre du dernier concert dirigé par Georgescu) [CD UCMR-ADA 092 + Debussy, Roussel, Brahms] ou [Tobu Recordings ERT 1026 http://www.tobu-trading.com/shinpu-elect11.html ]

GLINKA, Mikhail


Ouverture de Rousslan et Ludmilla


  • Orchestre d'Etat d'URSS (18/01/1958) 4'50 [CD Lys 501]

HAYDN, Joseph


Concerto pour violoncelle et orchestre en ré majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Radu Aldulescu, violoncelle

Symphonie n°104 en ré majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti

JORA, Mihail


Cortegiu (Mars evreesc), op. 8


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti

Din Suita Privelişti moldoveneşti

1. Pe malul Tazlăului
2. Grâu sub soare 
3. La joc



KATCHATOURIAN, Aram


Concerto pour violon et orchestre en ré mineur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Ion Voicu, violon (Radio roumaine) 36'50 [CD Radio România UCMR-ADA 010 + Prokofiev]

Symphonie n°2 en mi mineur "avec cloches"



LALO, Edouard


Symphonie Espagnole


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Ion Voicu, violon 8'00+4'10+6'25+8'10 [CD Electrecord ELCD 112]

LISZT, Franz


Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi bémol majeur


  • Orchestre Philharmonique Tchèque - Valentin Gheorghiu, piano (1952) 5'25+9'30+3'51 [CD Lys 544-545 + Beethoven, R. Strauss, Rachmaninoff]

Danse macabre pour piano et orchestre



MENDELSSOHN-BARTHOLDY, Felix


Concerto pour violon et orchestre en mi mineur op. 64


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Ion Voicu, violon (1962) 19'33+5'38 [CD Electrecord EDC 281]

MOZART, Wolfgang Amadeus


Symphonie concertante pour vents et orchestre K. 297b


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Ion Danie, hautbois - Octavian Popa, clarinette - Ion Badanoiu, cor - Dimitrie Alecsandrescu, basson

Ouverture des Noces de Figaro K. 492


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti


PROKOFIEV, Serge


Symphonie n°1 op. 25 "Classique"


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1963) 4'17+3'46+1'34+3'59 [CD UCMR-ADA 067 + R. Strauss, Tchaïkovsky, Brahms]

Concerto pour violon et orchestre n°2, op. 63


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Ion Voicu, violon 25'20 [CD Radio România UCMR-ADA 010, + Katchatourian]

RACHMANINOFF, Serge


Rhapsodie sur un thème de Paganini op. 43


  • Orchestre Philharmonique Tchèque - Valentin Gheorghiu, piano (1952) 23'54 [CD Lys 544-545 + Beethoven, Liszt, R. Strauss]
  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Silvia Serbescu, piano (année ?) 23'42 [CD UCMR-ADA 067 + Albeniz, Debussy, Prokofiev]


RAVEL, Maurice


Daphnis et Chloé, suite n. 2

  • Orchestra şi Corul Filarmonicii George Enescu din Bucureşti  (archives Radio roumaine)


ROGALSKI, Theodor


Trei dansuri româneşti




ROUSSEL, Albert


Symphonie n° 4 op. 53 en la majeur


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti 6'38+10'13+2'59+4'21 [CD UCMR-ADA 092 + Franck, Debussy, Brahms]



SCHUBERT, Franz


Symphonie n° 7 (ex 8, "inachevée") D. 759



Symphonie n° 8 (ex 9, "la Grande") D. 944


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1963) [Tobu Recordings ERT 1025 http://www.tobu-trading.com/shinpu-elect11.html ]
  • Orchestre Philharmonique Tchèque  (signalé par un correspondant, sans doute une captation d'un concert donné au Festival de Salzbourg le 12 août 1963)

SCHUMANN, Robert


Concerto pour piano en la mineur op. 54


  • USSR State Symphony Orchestra - Sviatoslav Richter, piano [CD Brilliant Classics "Sviatoslav Richter - Concerto Edition", 10 CD + Brahms]

SILVESTRI, Constantin


Toccata




STRAUSS, Richard


Burlesque


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Sviatoslav Richter, piano (09/1961) 20'02 [CD Arlecchino ARL 102]

Don Juan, op. 20


  • Orchestre d'Etat d'URSS (04/09/1954) 16'37 [CD Lys 501 + Glinka, Dukas, Enesco]

Mort et Transfiguration, op. 24


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (1963) 25'04 [CD UCMR-ADA 067 + Prokofiev, Tchaïkovsky, Brahms]

Till Eulenspiegel, op. 28


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (live 1956, Varsovie) 14'55 [CD Arlecchino ARL 102]
  • Orchestra Simfonica Radio (1956) 14'47 [CD UCMR-ADA 067 + Prokofiev, Tchaïkovsky, Brahms]
  • Orchestre d'Etat d'URSS (04/09/1954) 15'28 [CD Lys 501 + Glinka, Dukas, Enesco]

Ein Heldenleben, op. 40


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti (archives radio roumaine)

TCHAIKOVSKI, Piotr Illitch


Concerto pour violon et orchestre op. 53


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti - Ion Voicu, violon

Symphonie n° 6 op. 74 "Pathétique"


  • Orchestra Filarmonicii George Enescu din Bucureşti
  • Orchestra simfonica a Radioteleviziunii Române din Bucureşti (1962) 19'34+7'41+9'18+11'01 [CD UCMR-ADA 067 + Prokofiev, R. Strauss, Brahms]



Mises à jour


  • Mai 2013 : Beethoven, symphonistes roumains, archives de la radio roumaine, précisions sur années et interprètes solistes, avec l'aimable participation de Benoît D., fondateur de l'indispensable Quartier des Archives. Benoît a bien voulu mettre à disposition les images qui servent à illustrer cet article.
  • Juillet 2012 :  Rachmaninov
  • Novembre 2011 : publication des archives du premier festival Enesco (1958) par la Radio Roumaine. Un volume est consacré à George Georgescu. J'ajoute aussi la 9e Symphonie de Schubert avec la Philharmonie Tchèque, dont un correspondant a bien voulu me signaler l'existence.


Remarque : les minutages indiqués sont ceux présents sur les supports. La date d'enregistrement est mentionnée dès lors qu'elle est connue.


Sources

  • Catalogue de Viorel Cosma (in "Dirijorul George Georgescu", Editura Muzicala, Bucarest 1987)
  • Catalogues des maisons de disque mentionnées dans l'article 

lundi 30 avril 2012

Silvestri dirige Saint-Saëns, Dukas, Debussy et Ravel

L’art du chef Constantin Silvestri, disparu en 1969, semble quelque peu oublié des mélomanes d’aujourd’hui. La faute sans aucun doute à une vie déracinée. Après la guerre, Silvestri est promis à une carrière d’exception dans sa Roumanie natale. Mais à la mort de Staline, le retour en grâce du chef historique George Georgescu, élève du grand Nikisch et apprécié par Toscanini, lui barre la route du Philharmonique de Bucarest. C’est Silvestri en personne néanmoins qui dirige la première roumaine de l’opéra Œdipe, de Georges Enesco.

Cette victoire de la musique sur le destin est sans lendemain. Le chef se résout à quitter son pays après les attaques du pouvoir contre cette œuvre trop libre.

C’était à la fin des années 1950. Jamais plus il ne reviendra dans un pays communiste. Désormais, son art se mesure à celui de ses plus prestigieux confrères occidentaux. Il dirige en France, au Royaume-Uni surtout, pour s’éteindre à Londres une décennie seulement après son exil. 

Quelques rééditions récentes nous rappellent comment cet artiste hors pair savait faire sonner l’orchestre. Le double CD de musique symphonie française de Forgotten Records (fr 622/3), venant compléter d’autres redécouvertes de ce chef, nous remet dans l’oreille ce don remarquable. Il faut écouter ce que Silvestri parvient à tirer de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, formation habituellement considérée de second rang, dans Fêtes (le deuxième des Trois Nocturnes de Debussy), l’Apprenti Sorcier ou la Danse Macabre. Les plans sont clairs, les interventions instrumentales soulignées avec art. La battue du chef, nerveuse à souhait, sert d’une pointe sèche la passion dont cette musique regorge.

On aura certes connu version plus radicale encore du scherzo symphonique de Paul Dukas (Toscanini en 1951, plus rapide d’une bonne minute) mais il faut goûter ici la rutilance des combinaisons instrumentales. La Danse Macabre, démoniaque de la première à l’ultime mesure, palpite comme un écho occidental de la Nuit sur le Mont Chauve. L’approche du Boléro est presque précautionneuse, en habile prélude aux déclamations crescendo portées par un souffle souverain. L’on écoutera avec grand intérêt les œuvres de Debussy qui occupent la moitié de cette compilation. Sans doute, d’autres interprètes auront su brosser une Mer plus démontée ou un Faune plus charnel, mais Silvestri séduit par le sentiment d’évidence qu’il réussit à imprimer à ces partitions.

Constantin Silvestri appartient à cette génération trop ignorée du grand public et à laquelle la stature – réelle et fabriquée - d’un Karajan a fait tant de tort. On peine, il est vrai, à associer son nom à une formation renommée. C’est pourtant avec la Philharmonie Tchèque qu’il grave en 1953 une Rhapsodie Espagnole de Maurice Ravel explosive et langoureuse. Dommage que le son des musiciens pragois soit mal servi par un spectre sonore trop étroit.

dimanche 6 novembre 2011

Festival Enesco 1958 : Georgescu, Menuhin, Oistrakh


J’ai évoqué ici la très longue carrière de George Georgescu. Ce chef déjà âgé redevient à la fin de l’année 1953 titulaire de la Philharmonie de Bucarest, à laquelle il décide d’associer le nom de George Enescu après la mort du compositeur. On devine quelle énergie il fallut aux musiciens bucarestois le 18 septembre 1958, dans le cadre du premier festival dédié au grand créateur, pour soutenir un programme d’une telle exigence : une symphonie moderne de près d’une heure, le Concerto de violon de Brahms, celui pour deux violons BWV 1043 de Bach et la complexe Toccata de Silvestri.

La deuxième symphonie « avec cloches » d’Aram Khatchatourian est, comme tant d’autres musiques soviétiques de cette époque, une fresque de guerre. Chants cuivrés accompagnés de timbales, cantilènes patriotiques, épisodes puissants et funèbres – l’on note la citation du Dies Irae dans l’Andante Sostenuto – et apothéose expressive. Cette œuvre bien écrite semble avoir perdu au fil des âges son pouvoir de séduction. L’histoire de l’interprétation a plutôt privilégié le legs de Chostakovitch ou Prokofiev en la matière, sans parler d’autres auteurs moins célèbres. La symphonie de Khatchatourian lasse par sa dimension et son discours énergique mais trop convenu.

La conception de Georgescu rend pleine justice aux intentions du compositeur. Le chef encourage de la voix ses musiciens dont il parvient à exprimer toute la force lyrique et virtuose. Une prestation instrumentale de très haut niveau.

Le Concerto de Brahms rappelle que le chef roumain est l’élève et légataire d’Arthur Nikisch. Georgescu dirige selon la tradition germanique, tout en puissance et avec un soin particulier des articulations. Une approche qui paraît aujourd’hui datée mais qui a longtemps représenté la quintessence de l’art interprétatif brahmsien. Le final s’en ressent, loin du caractère enjoué que d’aucuns savent lui imprimer, d’autant plus que certains passages semblent mal équilibrés. Question de captation sonore ? Le violon de Menuhin est admirable de maîtrise.

Une vision concentrée mais sans grain de folie. Un regret supplémentaire : on aurait aimé que le report ne coupe pas si brutalement l’accord final du mouvement initial et laisse le beau son de la philharmonie s’épanouir dans la salle de l’Athénée.

L’apparition de David Oïstrakh sur la scène au côté de Menuhin fut l’un des points culminants du Festival. L’on connaît la version miraculeuse d’Enesco lui-même avec le tout jeune Menuhin, en 1932. Monteux dirigeait. En 1958, Georgescu remplace Monteux, et Oïstrakh tient la partie d’Enesco au deuxième violon soliste. Rencontre au sommet, sans doute, et que les commentateurs d’un « dégel » entre l’Est et l’Ouest crurent bon de souligner en tant que geste politique. Musicalement, un témoignage sur la façon dont Bach pouvait être perçu au milieu du XXe siècle, qui pourra paraître en dépit de sa maîtrise instrumentale trop daté en 2011.

La Toccata de Constantin Silvestri est un morceau motorique comme la première moitié du siècle les appréciait – à la fois étude sur le rythme et course à l’abîme. Une partition ciselée par Georgescu et ses musiciens, en salut confraternel à celui qui allait quatre jours plus tard diriger la première roumaine de l’opéra Œdipe.

Le CD se termine avec un extrait des entretiens entre Enesco et Gavoty pour la radio française (1951), dans lequel le Roumain évoque sa rencontre avec Yehudi Menuhin. Le passage n’est pas un inédit, mais on est heureux de réécouter ici le maître rappeler combien la reprise en mains de l’enfant prodige fut parfois nécessaire.

La courte déclaration de Georgescu est plus anecdotique.

Un album essentiel aux amateurs du chef d’orchestre historique de la Philharmonie bucarestoise, ou aux mélomanes curieux des œuvres symphoniques de Khatchatourian ou Silvestri, gratifiées ici d’un remarquable panache.

Référence : Editura Casa Radio 271

mardi 9 septembre 2008

Ringul (Filip Lazăr)

Établi de longue date à Paris, Filip Lazăr était l'un des plus proches amis de George Georgescu. Le chef vouait une sincère admiration à l'écriture symphonique de son compatriote et assura la création de six de ses œuvres. C'est le cas pour Ringul, muzică pentru orchestră nr. 2 (Le ring, musique pour orchestre n° 2), donnée en première audition à Paris.
Si le titre évoque les quatre journées de la tétralogie wagnérienne, il ne s'agit que de pure coïncidence (ou d'une inoffensive malice !). Cette œuvre de trois minutes (la durée d'une reprise) est inspirée par "les impressions ressenties au cours d'un match de boxe". Sa progression très motorique, au rythme fortement marqué, évoque Honegger (Pacific 231), mais aussi Stravinsky (le Sacre) ou Prokofiev (Suite Scythe). Elle se démarque toutefois de ses modèles par un traitement personnel qui milite en faveur d'une redécouverte de ce compositeur.

Cliquer ici pour écouter Ringul de Filip Lazăr

Sources
  • Tutu George Georgescu, George Georgescu, Editura muzicală, Bucureşti, 2001 - ISBN 973-42-0282-0
  • Creaţii Simfonice Româneşti, CD 10, UCMR-ADA 03L070150, notice d'Elena Zottoviceanu. Orchestre Philharmonique d'Arad, dir. Dorin Frandeş