mercredi 15 juillet 2009

Constantin Silvestri à Prague

Forgotten Records, dont nous avons déjà parlé, exploite la veine fertile des enregistrements pragois de l'après-guerre. Une parution récente donne à entendre Édouard Lalo sous la direction de Constantin Silvestri. Le CD est complété par des oeuvres de César Franck par les deux meilleures formations de Bohême, dirigées par des chefs locaux.


Les rares grands concertos pour violoncelle du Romantisme comptent en leur sein le théâtral ré mineur d'Edouard Lalo. A mi-chemin temporel des sommets signés Robert Schumann et Antonín Dvořák, la partition de Lalo, moins aboutie, reste fermement ancrée au répertoire. La faiblesse de la littérature pour cette forme n'explique ce succès, tant l'oeuvre du Français sait fasciner par ses accents dramatiques (les célèbres coups de boutoir de l'orchestre du Prélude, répondant à la tragique cantilène du soliste) tempérés par le charme primesautier de l'intermezzo médian. Dommage que le finale et sa coda, trop convenus, compromettent l'impression initiale et laissent un goût mitigé dans l'oreille.



Redoutable partie pour le soliste. Son jeu, détaché de la masse orchestrale, est exposé à tous les risques. Mais André Navarra est un musicien hors pair, rompu au défi. Ce jour de 1953, en compagnie d'une Philharmonie Tchèque sobrement conduite par Constantin Silvestri, il sait illuminer une partition qui lui est chère. Sa technique irréprochable sert un parti-pris mélodique constant. Le chef roumain se refuse à employer la puissance de l'orchestre à son maximal, comme ont coutume de le faire tant de directeurs de second ordre dans les minutes initiales du Concerto. Et l'on sait combien il est courageux, pour un chef, d'accepter l'effacement derrière un soliste promis à tous les honneurs.
Beau travail de Forgotten Records, qui parvient à faire oublier l'origine microsillon de la source originale. Précisons cependant que le CD officiel Supraphon savait déjà éviter le son désagréable de tant d'enregistrements historiques chez ce label. Grâce en soit rendue à la simple monophonie !
Dans ce même CD Supraphon, les compléments ont leur importance : les deux Rhapsodies d'Enesco, superlatives, sont même mieux magnifiées que chez Dorati ; l'orchestre de Talich et Ančerl donne alors sa pleine mesure. Une belle Rhapsodie espagnole de Maurice Ravel clôt le récital. On peut regretter que Silvestri, encore titulaire jusqu'à la fin de cette année 1953 de la Philharmonie bucarestoise, n'ait pas choisi d'honorer sa nation musicale en proposant à Navarra la peu fréquente (et exigeante, quoiqu'on en dise) Symphonie Concertante d'Enesco.


Les deux œuvres de César Franck qui complètent le CD Forgotten Records sont plus rares. Singulières Variations symphoniques pour piano et orchestre, dans lesquelles le pianiste se détache de la masse orchestrale sans pour autant s'y opposer. L'option concertante est ici hors de propos : pas grand chose à voir avec les vigoureuses variations d'un Liszt ou d'un Rachmaninov. La douce poésie de Franck annonce plutôt la Symphonie sur un chant montagnard de son élève et continuateur Vincent d'Indy. Dès l'incipit, l'orchestre, sur une scansion de iambe, questionne les anapèstes du soliste. Divers épisodes éthérés rendent pleine justice au surnom de Franck - "Pater Seraphicus" - avant de culminer en une joie naïve, une sorte de ronde enfantine où l'on chercherait en vain la moindre pesanteur.

La très discrète Eva Bernátová s'acquitte sans coup férir de sa partie pianistique, même s'il est permis de trouver son martèlement un peu trop insistant dans la conclusion. Václav Smetáček, chef historique du Symphonique de Prague, n'est pas particulièrement réputé pour sa familiarité avec la musique française. Il ménage cependant avec métier ses musiciens, dont les cordes héroïques savent ici chanter en un unisson sans faille.


Le chasseur Maudit offre un tout autre aspect de Franck. Ce poème symphonique, on ne le sait pas assez, est une sorte de Symphonie fantastique en résumé, avec ses quatre mouvements enchaînés mais bien caractérisés (les connaisseurs de musique tchèque ne manqueront pas de faire le rapprochement avec Polednice, la Sorcière de Midi, d'Antonín Dvořák). César Franck s'inspire d'une ballade de Gottfried August Bürger. Chaque strophe est un mouvement du poème symphonique. Respectivement : Andantino quasi allegretto, Poco più animato, Molto lento et Allegro molto – Quasi presto. Voici le texte de Bürger, tel qu'il apparaît en préface de la partition de César Franck (disponible en ligne à l'adresse http://imslp.info/files/imglnks/usimg/4/43/IMSLP13678-Franck_-_Le_Chasseur_Maudit__score_.pdf). Il est si court qu'un résumé serait, au mieux, une paraphrase malhabile.

C'était dimanche au matin ; au loin retentissaient le son joyeux des cloches et les chants religieux de la foule... Sacrilège ! Le farouche comte du Rhin a sonné dans son cor.

Hallo ! Hallo ! La chasse s'élance par les blés, les landes, les prairies - Arrête, comte, je t'en prie, écoute les chants pieux. - Non... Hallo ! Hallo ! - Arrête, comte, je t'en supplie ; prends garde... Non, et la chevauchée se précipite comme un tourbillon.

Soudain, le comte est seul ; son cheval ne veut plus avancer ; il souffle dans son cor ; et le cor ne résonne plus... une voix lugubre, implacable le maudit ; Sacrilège, dit-elle. Sois éternellement couru par l'enfer.

Alors les flammes jaillissent de toutes parts... Le comte, affolé de terreur, s'enfuit, toujours, toujours plus vite, poursuivi par une meute de démons... pendant le jour à travers les abîmes, à minuit à travers les airs...

La vision de Michel Plasson, chez EMI Classics, est fort justement réputée. Le chef français sait faire vivre la moindre nuance de la partition (y compris dans la cellule rythmique de l'appel du cor) et la prise de son parvient à restituer de lointains contrechants des cuivres. Plasson réussit même - grande qualité - à obtenir des musiciens du Capitole de Toulouse un salutaire et si éloquent respect du silence (écouter, par exemple, les mesures avant le Molto Lento).

Quatre décennies plus tôt, dans la salle du Rudolfinum de Prague, Karel Šejna imprimait un élan tout aussi vif à l'orchestre de la Philharmonie Tchèque. En dépit d'un minutage quasi identique à celui de Plasson, Šejna a un engagement certainement moins "littéraire" que ce dernier. En revanche, comme souvent chez lui, l'on note un soin manifeste porté aux détails. Les flammes de l'enfer qui peu à peu surgissent autour du chasseur maudit (conducteur : lettre L, plus animé) et engagent la satanique course à l'abîme ? Une simple phrase aux violons, en apparence discrète, anodine même. Mais, chez Šejna, quel effet ! La réputation des cordes tchèques n'est nullement, sur cet exemple, usurpée.
On ne peut passer sous silence une autre version, bien plus célèbre, du Chasseur maudit avec la Philharmonie Tchèque. Au pupitre, le Français Jean Fournet. Captée en 1967, année de relative libéralisation, alors que la prestigieuse phalange pragoise s'ouvrait à de nombreux chefs étrangers (Serge Baudo, Paul Kletski, Lovro Von Matacic, Antonio Pedrotti...), cette prestation opulente reste, étonamment, moins passionnante que celle de Šejna. Peut-être en raison d'une pâte sonore un peu trop passe-partout ? En stéréo, on l'aura compris, Plasson reste incontournable.
La source LP du compact Forgotten Records passe inaperçue. La dynamique reste satisfaisante.

Références citées dans cet article :

Forgotten Records fr 201 : Edouard Lalo, Concerto pour violoncelle et orchestre en ré mineur.
André Navarra, violoncelle. Orchestre Philharmonique Tchèque, direction Constantin Silvestri.
César Franck, Variations symphoniques pour piano et orchestre.
Eva Bernátová, piano. Orchestre Symphonique de Prague, direction Václav Smetáček.
César Franck, Le chasseur maudit.
Orchestre Philharmonique Tchèque, direction Karel Šejna.

Emi Classics 5 55385 2 : César Franck, Le chasseur maudit + autres poèmes symphoniques français.
Orchestre du Capitole de Toulouse, direction Michel Plasson.

Supraphon Crystal Collection 11 0613-2 : César Franck, Le chasseur maudit + Symphonie en ré mineur, Les Djinns.
Orchestre Philharmonique Tchèque, direction Jean Fournet (Sir John Barbirolli dans la Symphonie).

lundi 6 juillet 2009

Raretés d'Enesco en CD

Un CD récent du label Forgotten Records propose des enregistrements rares de Bach et Beethoven par Enesco. Cette nouvelle parution nous donne l'occasion d'évoquer l'art du maître roumain de l'après-guerre avec deux de ses compositeurs de prédilection.


Bach et Enesco : loin d'une simple rencontre de compositeur à interprète, il faut ici célébrer la passion qui fit allier, au-delà des âges, le père de toutes les musiques à l'un des plus talentueux musiciens du XXe siècle. Plus qu'une passion, une fusion. Bach, la musique même, dans sa complexe évidence, son inépuisable contrepoint, ses mises en abymes défiant l'esprit. Et Enesco, natif d'un temps où la virtuosité était un but et non un moyen, mais sachant si tôt éluder pareille chausse-trape pour servir la musique telle qu'elle devrait être. Sans fard, intelligente, belle.

Certes, jamais Bach n'a quitté le pupitre d'une élite éclairée, n'en déplaise aux marchands de kitsch pour qui le maître ne devrait sa renaissance qu'après des décennies de ténèbres. N'empêche ! Busoni doit le romantiser pour convaincre, Casals lui-même était partisan d'une approche très personnelle et si marquée par le goût de l'époque. Plus tard, Stokowski osera philharmoniser Bach et accompagner même les images déjà sirupeuses de Walt Disney.

Rien de cela chez Enesco. Sa vision de Bach est à la fois datée et intemporelle. Datée ? Oui. Le terme ne se veut pas péjoratif. Il dénote que sous sa direction, les Concertos Brandebourgeois résonnent comme un témoignage des années 1950. Oserait-on encore aujourd'hui jouer le BWV 1050 comme le faisaient Jean-Pierre Rampal, Christian Ferras et Céliny Chailley-Richez ? Une flûte moderne ? Un violon non baroque ? Sacrilège ! Et que dire de l'anachronique piano ?

Intemporelle. Les musiciens de l'Association des Concerts de Chambre de Paris prouvent combien cette musique réfléchit (tel un miroir d'intelligence) la passion qu'on met en elle. Leur vision, sous la baguette du vieil Enesco, respire une joie séraphique. Le tempo est juste lent : un peu moins vif, et l'ennui s'installerait. Mais un peu plus rapide, et les harmonies se télescoperaient entre elles, dénaturant le message musical. Le maître roumain n'oublie pas que les instruments de Bach étaient moins faciles à manipuler, que cette musique était écrite pour de grandes salles voûtées où l'écho avait son rôle. Alors, accélérer la battue ne serait pas souhaitable, quoique rendu possible par la facture contemporaine. De la musique avant toute chose.

Le pianiste Charles Rosen, je crois, narrait avec talent la qualité de la musique de Bach si remarquable par ce qu'elle suggère - ce qui explique pourquoi des traitements propres à défigurer d'autres compositeurs conviennent sans grand dommage aux partitions du Kantor. J'apprécie au plus haut point les musiciens baroqueux (terme, en revanche, qui me révulse), mais cela ne me privera jamais du plaisir de goûter l'art si précieux d'Enesco et de ses musiciens. Faut-il se féliciter de vivre à une époque où le choix n'est imposé ni par l'offre, ni par la doxa !

Le CD Forgotten Record reprend deux parutions Decca (BWV 1044 et BWV 1050), déjà reportées par le label canadien Oryx (BHP 907), qui propose en plus le BWV 1057 pour piano et deux flûtes. Le report des deux labels est réalisé avec soin. Tout au plus ai-je noté, sur mon installation, quelques passages du Forgotten Records où le diamant semble "accrocher" le sillon.

Forgotten Records offre en complément une rareté d'Enesco, cette-fois ci en tant que violoniste. Il convient de rappeler que ce musicien exceptionnel a peu enregistré, et qu'il a mal enregistré : quand il était jeune, la technique de captation sonore était immature ; plus tard, c'est lui-même qui sombrait dans un âge marqué par la maladie et les douleurs articulaires. C'est, hélas ! la situation quand il accepte de confier à Colombia sa vision de la Sonate à Kreutzer, avec la pianiste Celiny Challey-Richez,  sa complice historique. Attaques approximatives, tenue des notes défaillante, virtuosité en défaut ; mais aussi : refus du vibrato si facile, pas de pathos, une vitalité omniprésente. Même diminué, Enesco prouve sa capacité à chanter comme il se doit, à honorer la mémoire du serviteur qu'il n'a jamais cessé d'être. Nous sommes en 1952, déjà. Avant trois années, le musicien ne sera plus. Ce témoignage n'est pas de ceux que l'on écoute pour aborder Beethoven. Là n'est pas son objet ; il s'adresse aux admirateurs du maître roumain, curieux de discerner malgré l'âge et la maladie ce qui fait l'art unique d'un violoniste si rare.

J'avais trouvé à Bucarest un CD local avec le même enregistrement, accompagné de la 2e Sonate de Schumann, toujours avec Chailley-Richez, et l'Andante de la sonate BWV 1003 de Bach. Dois-je le dire ? le report est très nettement en faveur de Forgotten Records. Le CD roumain a bénéficié selon les mots mêmes de Ana-Maria Avram d'un traitement informatisé créé par elle-même et utilisé ici "en première mondiale". Mais le "No noise" (nettoyage des bruits parasites) donne à entendre les musiciens comme au sortir d'une fosse étroite : spectre confiné, signal excessivement artificiel, voire (c'est mon cas) impossibilité de supporter le son plus d'une dizaine de minutes. En comparaison, le report Forgotten Records respire largement, et offre un réel confort d'écoute.

Forgotten Records (fr 171) : Bach, Concerto Brandebourgeois n° 5 en ré majeur BWV 1050 et Concerto pour piano, violon et flûte en la mineur BWV 1044
Céliny Chailley Richez, piano
Christian Ferras, violon
Jean-Pierre Rampal, flûte
Orchestre de l'association des Concerts de Chambre de Paris, direction George Enesco
Beethoven : Sonate pour violon n° 9 en la majeur op. 41 "A Kreutze"
George Enesco, violon - Céliny Chailley Richez, piano

Oryx (BHP 907) : Bach : idem ci-dessus + BWV 1057, avec Gaston Crunelle, seconde flûte

Enescu Edition Modern / KEAN : Beethoven, voir le CD fr 171 + Schumann, Sonate n° 2 en ré mineur op. 121 + Bach, Andante de la sonate BWV 1003


vendredi 17 avril 2009

Alexandru Tomescu : mieux que Joshua Bell !

L'on se souvient de l'expérience faite en janvier 2007 par le violoniste Joshua Bell : dans l'environnement anonyme d'un couloir de métro à Washington, le célèbre virtuose joue trois quarts d'heure sans susciter d'intérêt manifeste. Sa cagnotte s'élève à 32 dollars. L'événement, monté par le Washington Post, a suscité d'innombrables commentaires sur l'incapacité supposée des Américains d'admirer un récital pour lequel les places se vendraient plusieurs dizaines de dollars - l'une.

Vendredi 11 avril 2009, métro de Bucarest. Le jeune violoniste Alexandru Tomescu, accoutré de vêtements civils, répète l'expérience de Bell. Comme son illustre confrère, il joue un stradivarius de légende, et comme lui, il exécute des pièces de Bach et d'autres morceaux virtuoses dont les bis sont friands. Surprise ! les passants s'arrêtent, écoutent, lui remettent un peu d'argent. 328 lei - trois fois plus que pour l'expérience de Washington ! Et en une demi-heure seulement !

Alors, plus mélomanes que les Américains, les Roumains ? Peut-être.  Moins obnubilés par les horaires, sans doute aussi. A l'inverse, on peut supposer qu'ils ont moins d'occasion d'écouter de la grande musique que les habitants de la capitale des USA, et de ce fait plus prompts à s'émerveiller de la moindre manifestation de cet art si galvaudé. Il suffit parfois de quelques gouttes pour que s'épanouisse une fleur du Sahara... Et doit-on insister sur l'importance du violon dans la culture nationale roumaine ?

Quoiqu'il en soit, cette action retentissante et abondamment commentée ne peut qu'attirer les feux de la critique internationale sur un violoniste d'exception. Quelle belle carte de visite ! Mais pourquoi les disques sont-ils si rares ? Nous reparlerons ici d'Alexandru Tomescu.

(d'après România Liberă)

Vous trouverez la traduction roumaine de cet article dans Le monde d'Alexandra.

dimanche 14 septembre 2008

Faust Nicolescu (1880, Ocnele-Mari - 1950?, Bucarest)

Compositeur, théoricien de la musique et professeur. Au Conservatoire de Bucarest de 1897 à 1904, il étudie la théorie musicale, le chant choral et la musique liturgique avec Gheorghe Brătianu et D. G. Kiriac. Eduard Wachmann est son professeur d'harmonie. F. Nicolescu se rend à Lille pour se perfectionner au sein d'une filiale du Conservatoire de Paris.
De retour au pays en 1906, il reçoit la médaille Jubilaire Carol I. Cette même année il enseigne la musique vocale au lycée de Râmnicul-Sărat, puis la musique instrumentale au Lycée Militaire de Craiova. En 1909 il se fixe définitivement dans la capitale, où plusieurs responsabilités au sein du Conservatoire lui sont successivement confiées : secrétaire, professeur suppléant puis titulaire de chant choral et de théorie musicale (1926-1946), sous-directeur (1929-1940) puis directeur délégué (1940) de l'institution.
F. Nicolescu a fixé les normes de l'enseignement supérieur musical en Roumanie. Il a écrit une Grande valse de concert pour piano et une mélodie O tot aştept pour voix et piano.
Son nom est parfois orthographié Niculescu.

Sources

  • Viorel Cosma, Muzicieni din România, vol. VII, Editura muzicală, Bucureşti, 2004 - ISBN 973-42-0366-5

Pascal Bentoiu (1927, Bucarest)

Compositeur et musicologue. Il suit de 1943 à 1948 l'enseignement de Mihail Jora pour l'harmonie, le contrepoint, l'orchestration et la composition, de Faust Nicolescu pour la théorie, de Vasile Filip pour le violon et de Theophil Demetriescu pour le piano. En parallèle de ses études musicales il suit des cours de droit à la Faculté de Bucarest (1945-1947). A partir de 1953, Pascal Bentoiu est chercheur à l'Institut du Folklore de Bucarest, où il reste 3 années. Il est l'auteur de nombreux études, essais, chroniques musicales, articles, commentaires, critiques pour la presse roumaine. Sa notoriété de conférencier lui permet d'intervenir à la radio et à la télévision, et d'être l'invité de plusieurs jurys. Il recueille des chants et musiques folkloriques et réalise leur retranscription. Estimé dans son propre pays (prix d'État, 1964 ; plusieurs prix de l'Union des Compositeurs ; etc.), P. Bentoiu jouit aussi d'une reconnaissance à l'étranger (prix international de la RAI, 1968 ; prix Guido Valcarenghi de Rome, 1970 ; etc.)

Pascal Bentoiu est un éminent spécialiste de Georges Enesco à qui il consacre son livre Capodopere enesciene (les chefs d'œuvres d'Enesco, Editura Muzicală,1984), condensé en un Breviar enescian plus récent (Bréviaire énescien, editura Universitatii Nationale de Muzică, 2005). D'autres écrits ont été édités à Bucarest : Imagine şi sens (Images et sens, Editura Muzicală, 1973), Deschideri spre lumea muzicii (Ed. Eminescu, 1973), Privire asupra muzicii (Regards sur les musiques), Gândirea muzicală (La pensée musicale, Editura Muzicală, 1975), Eseu asupra fenomenului muzical (Essai sur le phénomène musical, 1979).

Il commence à composer avant même la fin de ses études, en écrivant dès 1947 une Sonate pour piano qu'il révise dix années plus tard. Il revient au genre de la Sonate en 1962 (piano et violon, op. 14) mais illustre notamment le Quatuor à cordes avec son cycle de six pièces (1953-1982) dont les quatre dernières partagent un même numéro d'opus (27a à 27d). De ses huit Symphonies (1965-1987), les trois dernières explorent les liens étroits entre la musique et les autres arts. La sixième, intitulée Culori (Couleurs), est consacrée à l'art pictural. Chaque mouvement porte un titre : Negru (Noir), Roşu (Rouge), Verde (Vert), Galben (Jaune), Albastru (Bleu) et Alb (Blanc). La septième symphonie, Volume, est liée à l'architecture et la dernière, Imagini (Images), à la poésie. Ses cinq mouvements sont Vergilius (Virgile), Dante, Shakespeare, Goethe et Eminescu. P. Bentoiu écrit aussi deux Concertos pour piano (1954, 1960), un pour violon (1958), une Ouverture de concert (1948, révisée en 1959), une Suite (1955) et plusieurs oeuvres symphoniques inspirées par Eminescu (poème symphonique Luceafărul, 1957 ; Eminesciana III, 1976).
Sa musique de scène est riche, inspirée par de nombreux écrivains classiques au premier rang desquels figure William Shakespeare (la mégère apprivoisée, 1956 ; Hamlet, 1958 ; les deux gentilshommes de Vérone, 1960 ; conte d'hiver, 1964 ; Roméo et Juliette, 1964 ; le songe d'une nuit d'été, 1969). Parmi la vingtaine d'œuvres qu'il consacre à ce genre l'on note aussi le mariage de Figaro d'après Beaumarchais, en 1955 ; Cyrano de Bergerac (E. Rostand), 1957 ; le soldat Chvéïk (Hašek), 1958 ; Caligula, d'après Albert Camus, en 1968, etc., ainsi que quatre musiques pour théâtre de marionnettes (dont, en 1967, le magicien d'Oz de Iordan Chimet d'après la pièce de L. Frank-Baum).
A deux occasions, P. Bentoiu exploite le sujet de ses musiques de scène pour ses opéras. Ainsi, pour Jertfirea Iphigeniei (le sacrifice d'Iphigénie, 1968), premier opéra radiophonique composé en Roumanie, le compositeur utilise la partition intitulée Iphigenia în Aulis, de trois années antérieure. L'année suivante, Hamlet, opéra en deux actes, reprend la musique de scène du même nom (1958). L'Opéra de Marseille propose, sous la direction musicale de Reynald Giovaninetti, la première production scénique de cette œuvre lyrique (26 avril 1974). Un premier opéra d'après Molière, Amorul doctor, a été composé en 1964.
Huit cycles de mélodies et un chant pour soprano avec accompagnement d'orchestre (Cântec nou, 1962) illustrent le reste de son catalogue dédié à la voix humaine. Mais Pascal Bentoiu est aujourd'hui connu pour son travail d'orchestration et de restitution. Il réalise l'instrumentation de Şase cântece şi-o rumbă (Six chansons et une rumba, op. 12) de son professeur Mihail Jora, restaure les Symphonies n° 4 et 5 de Georges Enesco, ainsi que la cantate Isis de ce même compositeur.

Musique de scène

  • Nunta lui Figaro de Beaumarchais (1955)
  • Fântâna Blanduziei de Vasile Alecsandri (1955)
  • Femeia îndărătnică de William Shakespeare (1956)
  • Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand (1957)
  • Hamlet de William Shakespeare (1958)
  • Soldatul Şvejk de Jaroslav Hašek (1958)
  • Burghezul gentilom de Molière (1960)
  • Cei doi tineri din Verona de William Shakespeare (1960)
  • Oceanul de Aleksandr Stein (1961)
  • Poveste din Irkutsk de Vasili Arbuzov (1962)
  • A fugit un tren de Ştefan Iureş et Ira Vrabie (1963), pour théâtre de marionnettes
  • Orestia d'Eschyle (1964)
  • Poveste de iarnă de William Shakespeare (1964)
  • Drumul piperului-Magellan de Costel Popovici (1964), pour théâtre de marionnettes
  • Amorul doctor op. 15, opéra comique en un acte, livret de Pascal Bentoiu d'après Molière
  • Amnarul de Ştefan Lenkisch (1965), pour théâtre de marionnettes d'après C. Andersen
  • Iphigenia în Aulis d'Euripide (1966)
  • Viforul de Barbu Ştefănescu-Delavrancea
  • Vrăjitorul din Oz de Iordab Chimet (1967), pour théâtre de marionnettes d'après L. Frank-Baum
  • Romeo şi Julieta de William Shakespeare (1967)
  • Caligula d'Albert Camus (1968)
  • Jertfirea Iphigeniei op. 17 (1968), opéra radiophonique, livret d'Alexandru Pop et Pasca Bentoiu d'après Euripide
  • Hamlet op. 18 (1969), opéra en deux actes, livret de Pascal Bentoiu d'après William Shakespeare
  • Visul unei nopţi de vară de William Shakespeare (1969)

Musique symphonique

  • Uvertură de concert op. 2 (Ouverture de concert, 1948, rév. 1959)
  • Concert nr. 1 pentru pian şi orchestră op. 5 (Concerto n° 1 pour piano et orchestre, 1954)
  • Suită ardelenească op. 6 (Suite de Transylvanie, 1955)
  • Luceafărul op. 7 (Lucifer, 1957), poème symphonique inspiré par Mihai Eminescu
  • Concert pentru vioară şi orchestră op. 9 (Concerto pour violon et orchestre, 1958)
  • Imagini bucureştene op. 10 (Images bucarestoises, 1959)
  • Concert nr. 2 pentru pian şi orchestră, op. 12 (Concerto n° 2 pour piano et orchestre, 1960)
  • Simfonia nr. 1 op. 16 (Symphonie n° 1, 1965)
  • Simfonia nr. 2 op. 20 (Symphonie n° 2, 1974)
  • Simfonia nr. 3 op. 22 (Symphonie n° 3, 1976)
  • Eminesciana III op. 23 (1976)
  • Simfonia nr. 4 op. 25 (Symphonie n° 4, 1978)
  • Simfonia nr. 5 op. 26 (Symphonie n° 5, 1979)
  • Simfonia nr. 6 "Culori" op. 28 (Symphonie n° 6 "Couleurs", 1985)
  • Simfonia nr. 7 "Volume" op. 29 (Symphonie n° 7 "Volumes", 1986)
  • Simfonia nr. 8 "Imagini" op. 30 (Symphonie n° 8 "Images", 1987)

Musique de chambre

  • Sonată pentru pian op. 1 (Sonate pour piano, 1947, rév. 1957)
  • Cvartet de coarde nr. 1 op. 3 (Quatuor à cordes n° 1, 1953)
  • Sonată pentru pian şi vioară op. 14 (Sonate pour piano et violon, 1962)
  • Cvartet de coarde nr. 2 al "Consonenţelor" op. 19 (Quatuor à cordes n° 2 "des consonnances", 1973)
  • Cvartet de coarde nr. 3 op. 27a (Quatuor à cordes n° 3, 1980)
  • Cvartet de coarde nr. 4 op. 27b (Quatuor à cordes n° 4, 1981)
  • Cvartet de coarde nr. 5 op. 27c (Quatuor à cordes n° 5, 1982)
  • Cvartet de coarde nr. 6 op. 27d (Quatuor à cordes n° 6, 1986)

Musique vocale

  • 4 cântece pe versuri de St. O. Iosif op. 4 pentru bas şi pian (basse et piano, 1953)
  • Eminesciana II - Trei Sonete op. 8 pentru soprană şi pian (soprano et piano, 1958)
  • 4 cântece pe versuri de Mihai Beniuc op. 13 pentru mezzo-soprană şi pian (mezzo-soprano et piano, 1961)
  • Gelozie pentru bas şi pian (basse et piano, 1962)
  • Cântec nou pentru soprană si orchestră (soprano et orchestre, 1962)
  • Flăcări negre op. 21 pentru tenor şi pian (ténor et piano, 1974)
  • Incandescenţe op. 24 (1977)

Sources

  • Viorel Cosma, Muzicieni din România, vol. 1, Editura muzicală, Bucureşti, 1989 - ISBN 973-42-0015-1
  • Creaţii Simfonice Româneşti, CD 8, UCMR-ADA 2A18469, notice de Loredana Baltazar

mardi 9 septembre 2008

Ringul (Filip Lazăr)

Établi de longue date à Paris, Filip Lazăr était l'un des plus proches amis de George Georgescu. Le chef vouait une sincère admiration à l'écriture symphonique de son compatriote et assura la création de six de ses œuvres. C'est le cas pour Ringul, muzică pentru orchestră nr. 2 (Le ring, musique pour orchestre n° 2), donnée en première audition à Paris.
Si le titre évoque les quatre journées de la tétralogie wagnérienne, il ne s'agit que de pure coïncidence (ou d'une inoffensive malice !). Cette œuvre de trois minutes (la durée d'une reprise) est inspirée par "les impressions ressenties au cours d'un match de boxe". Sa progression très motorique, au rythme fortement marqué, évoque Honegger (Pacific 231), mais aussi Stravinsky (le Sacre) ou Prokofiev (Suite Scythe). Elle se démarque toutefois de ses modèles par un traitement personnel qui milite en faveur d'une redécouverte de ce compositeur.

Cliquer ici pour écouter Ringul de Filip Lazăr

Sources
  • Tutu George Georgescu, George Georgescu, Editura muzicală, Bucureşti, 2001 - ISBN 973-42-0282-0
  • Creaţii Simfonice Româneşti, CD 10, UCMR-ADA 03L070150, notice d'Elena Zottoviceanu. Orchestre Philharmonique d'Arad, dir. Dorin Frandeş

De la Matei cetire (I. N. Otescu)

Ion Nonna Otescu faisait partie des proches du chef George Georgescu qui aimaient se réunir des nuits entières chez Constantin Brăiloiu. L'on voyait volontiers en lui un grand espoir de l'école de composition roumaine. Sa disparition prématurée et la taille modeste de son catalogue ne permettent pas d'en juger, d'autant plus que ses œuvres sont semble-t-il indisponibles pour des raisons de droit.
De l'opéra comique original De la Matei cetire qu'il projetait dans les années 1920, il ne reste guère qu'une petite suite orchestrale de dix minutes.

"Tessiture raffinée et pleine de grâce, facture ample, harmonies charmeuses, nous ne savons pas à quoi donner plus d'attention, aux lignes mélodiques ou à la mise en œuvre qui rivalisent en une noble émulation. Les motifs inspirés par la musique populaire ou inventés par le compositeur, les effets sonores portent la marque d'un intellect raffiné", commente un critique roumain du début du XXe siècle. (*)

L'écoute de la Suite est en effet très plaisante. Les harmonies conjuguent le langage expressionniste et le dernier romantisme. Quelques accents archaïques (l'opéra se déroule au temps de Matei Basarab, prince valaque du XVIIe siècle) évoquent déjà l'orchestre de Katchatourian, alors que Otescu donne à entendre des passages rhapsodiques de belle facture (à 4'50, 5'33, etc.), revendiquant une filiation sans ambiguïté avec ses devanciers romantiques nationaux.

Ecouter en ligne en cliquant sur ce lien.

(*) R. N. Cioculescu dans Adevărul Literar.

Sources
  • Tutu George Georgescu, George Georgescu, Editura muzicală, Bucureşti, 2001 - ISBN 973-42-0282-0

  • Creaţii Simfonice Româneşti, CD 10, UCMR-ADA 03L070150, notice d'Elena Zottoviceanu. Orchestre de Chambre de la Radio dir. Ion Drăcea

Eduard Caudella (1841, Iaşi ; 1924, Iaşi)

Quatre années durant, il étudie dans sa ville natale le violon avec Paul Hette et la théorie musicale avec son père Francisc Serafin Caudella. En 1853, il poursuit son instruction à Berlin. Hubert Riess est son maître de violon, Adolf Riess l'initie au piano et Karl Böhmer parfait sa science de la théorie musicale. Le virtuose du violon Henri Vieuxtemps le prend sous son aile en 1857, à Dreieschenheim. Eduard Caudella approfondit la maîtrise de son instrument à Paris (1857-1858), avec Lamber Massart et Delphin Allard, à Berlin où il retrouve Hubert Riess et enfin à Dreieschenheim et à Francfort, de nouveau avec Henri Vieuxtemps.
Il est violoniste à la cour du seigneur Alexandru Ioan Cuza de 1861 à 1864. Il dirige le Théâtre National (1861-1875) et l'Opéra italien (1870-1874) de Iaşi. Parallèlement à cette activité il enseigne le violon au Conservatoire avant d'en prendre la direction en 1893. Son action pédagogique s'exerce aussi à l'Université (esthétique musicale, 1875-1877), au Nouveau Lycée du Seigneur (1894-1895) et à l'Ecole Normale (1898) de cette ville.

Il réalise des tournées en Allemagne, en France et en Russie. Eduard Caudella publie des chroniques musicales et des études dans la presse roumaine locale et nationale, et collecte des mélodies populaires roumaines qu'il fait lui-même éditer.

Ses élèves se nomment Georges Enesco, Jean et Constantin Bobescu, Alexandru Zirra, Enrico Mezzetti, Ion Ghiga, Romeo Drăghici, Nicolae Zadri, Antonin Ciolan, Mircea Bârsan, George Baldovin, G. Marcovici, Teodor Stavri, Giuseppe Bonotti, Leon Brill, Iancu Filip, Sofia Musicescu, Athanasie Teodorini, Gheorghe Filip, Vasile Borteanu, etc.

Eduard Caudella compose vingt-deux ouvrages lyriques dont les opéras Faust (1885), Petru Rareş (1889) et Antigona (1920) d'après Sophocle. Hormis un Concerto pour violon et orchestre en sol mineur dédié à Georges Enesco (1915) et un Concertino (1918) pour le même effectif, sa musique symphonique n'aborde aucune grande forme et est représentée par diverses partitions de modeste ampleur (fantaisies, ouverture Moldova de 1913, etc.), tout comme sa musique de chambre, privilégiant les pièces courtes pour piano (Doina, Sîrba...) ou duo instrumental (Souvenirs des Carpates, fantaisie sur des chants populaires roumains pour violon et piano, 1915). Il écrit cependant un Quatuor avec piano (1914), un Quintette pour piano, deux violons, alto et violoncelle (1912) et un Sexuor Idylle champêtre (O idilă cămpenească) pour piano, flûte, clarinette, cor, basson et contrebasse. Ses recueils de chant choraux (Poporul nostru, 1915) exaltent volontiers le sentiment patriotique alors que ses nombreuses mélodies (Mamă, sur des vers de Carmen Sylva, 1905 ; Chanson d'automne d'après Paul Verlaine, 1915) s'apparentent à la musique de salon.

Sources
  • Viorel Cosma, Muzicieni din România, vol. 1, Editura muzicală, Bucureşti, 1989 - ISBN 973-42-0015-1

lundi 8 septembre 2008

Ioan Căianu (1629 ?, Leghea - 1687, Lăzarea)

Compositeur, organiste, folkloriste, facteur d'instruments, théologien, philosophe, typographe.
Il est parfois nommé Caioni, Căian, Kájoni Joannes, Kajoni-Valahus (ou Valachus).

Il étudie la musique aux monastères de Cluj-Mănăştur, Alba-Iulia et Şumuleul-Ciuc (1637-1648), avec Fenessy Mihály, Tasnádi Bálint (théorie musicale) et Oswaldus (orgue). En 1655 il perfectionne son jeu d'organiste à Târnovo-Slovacia.

Il est professeur de musique et organiste à l'Ecole du Monastère de Şumuleul-Ciuc (1650-1655) et assure diverses responsabilités religieuses. Il fonde un atelier de typographie à Şumuleul-Ciuc. Ioan Căianu restaure et fabrique des orgues en Transylvanie et en Moldavie, dont il recueille par écrit le folklore et le transcrit pour orgue et virginal.
Il participe, en tant qu'interprète, aux manifestations artistiques de la cour de Vasile Lupu, seigneur de Moldavie (1654). Il se produit également à travers le pays et à l'étranger.
Ioan Căianu est l'auteur, dans un but didactique, de vers, pièces et mystères au contenu inspiré par la Bible.

Humaniste, encyclopédiste avant la lettre, Ioan Căianu est le premier à recueillir la musique populaire de Transylvanie et de Moldavie. Sa signature Valahus ou Valachus signifie "le Valaque". Son codex représente un témoignage unique de la vie musicale au XVIIe siècle dans cette partie de l'Europe.

Sources
  • Viorel Cosma, Muzicieni din România, vol. 1, Editura muzicală, Bucureşti, 1989 - ISBN 973-42-0015-1

Constantin Silvestri (1913, Bucarest - 1969, Londres)

Compositeur, chef d'orchestre, pianiste et professeur.
Ses premiers professeurs au Conservatoire de Târgu Mureş se nomment Maximilian Costin pour la théorie musicale, Rudolf Zsizsmann pour l'harmonie, Zeno Vancea pour la composition, l'harmonie et l'histoire de la musique, Piroska-Metz pour le piano. Il y étudie six années à partir de 1922. Il reprend ses études musicales à Bucarest de 1931 à 1936. Faust Nicolescu est son maître en théorie musicale alors que Mihail Jora complète sa formation en harmonie, contrepoint et forme musicale. Ses autres professeurs sont Dimitrie Cuclin, pour la composition ; Constantin Brăiloiu, pour l'histoire de la musique et le folklore ; Mihail Andricu, pour la musique de chambre ; Florica Musicescu, pour le piano. Il suit en dehors du Conservatoire les cours de piano d'Aurelia Margulier et, pendant deux années, étudie à la Faculté de Droit et de Philosophie.
Ses débuts en tant que pianiste (1922) sont suivis en 1928 de ses premières apparitions au pupitre d'un orchestre. Cette dernière activité prend le dessus : en 1946 il abandonne sa carrière de pianiste pour se consacrer à la direction. Il est étroitement associé à l'Opéra Roumain de Bucarest, en tant que chef répétiteur, chef titulaire (1939-1949) et directeur (1953-1957). Il dirige l'orchestre de l'Association de la Jeunesse Chrétienne (ACT) bucarestoise de 1941 à 1946. En 1945 il devient chef de l'Orchestre Philharmonique de Bucarest dont il est nommé directeur deux années plus tard. En 1953, il quitte la Philharmonie au bénéfice de George Georgescu. Constantin Silvestri devient le premier chef de l'Orchestre de la Radio de 1958 à 1960. En 1958, la production d'Oedipe, unique opéra de Georges Enesco, sous sa direction, couronne le premier festival consacré au compositeur. En 1960, il choisit l'exil pour se réfugier en France puis en Angleterre. Il est nommé chef principal de l'Orchestre Symphonique de Bournemouth en1961, poste qu'il occupe jusqu'à sa disparition.
Ses nombreuses tournées l'ont mené sur les cinq continents. Parmi ses élèves l'on trouve Mihai Brediceanu, Mircea Cristescu, Anatol Vieru, Eugen Pricope.

Son activité de compositeur, relativement réduite, lui a valu la reconnaissance de ses pairs : il est quatre fois primé au concours George Enesco (deuxième mention, 1932 ; deuxième prix, 1934 et 1936 ; premier prix, 1937). Sa musique symphonique est représentée par des Danses populaires (1932), Trois pièces pour cordes (1933, révision en 1950), Trois caprices (1934), une suite de ballet Triptic (1936), un Concerto grosso (1941) et un Prélude et Fugue (1955). Il consacre au piano trois Suites, une Sonate, une Sonatine, une Rhapsodie et quelques chants. C. Silvestri illustre à plusieurs reprises le genre de la Sonate en duo en associant au piano un violoncelle (à deux occasions : 1937 et 1941), un hautbois (1939), une clarinette (1942) ou une flûte (1942). Deux Quatuors (pour vents, 1935 ; pour cordes, 1947) complètent sa musique instrumentale. Citons enfin deux cycles de lieder et un chœur mixte.

Sources
  • Viorel Cosma, Muzicieni din România, vol. VIII, Editura muzicală, Bucureşti, 2005 - ISBN 973-42-0404-1