mardi 11 décembre 2007

Roumania, Roumania

La miraculeuse chanson Roumania, Roumania est écrite par le comédien, ténor et fantaisiste Aaron Lebedeff (Lebedov, Lebedev…). Tout ici respire la joie de vivre en terre roumaine, entre le vin, les mets typiques, aussi simples que savoureux – fromage cascaval ou viande pastrami - et la belle cuisinière.
Cette chanson nous permet
d'évoquer cette si douloureuse perte qu'a été l'exil des Juifs de Roumanie, persécutés et vendus comme du bétail par Ceausescu. Comment écouter la chanson de Lebedeff sans pleurer ce deuil, cette tache irrévocable dans l'histoire européenne, que pour notre malheur les démocraties n'ont jamais réussi à empêcher ?

N'oublions jamais l'importance de la tradition hébraïque en Roumanie. Le Musée d'histoire juive de Bucarest est, dit-on parfois, l'un des plus beaux au monde.
Ech! - Roumania, Roumania, Roumania, etc.
Geven amol, a land a zise, a sheyne.
Ech! - Roumania, Roumania, Roumania, etc.
Geven amol, a land a zise, a fayne.
Ah ! Roumanie, Roumanie, Roumanie, etc.
Il était un pays, paisible et doux.
Ah ! Roumanie, Roumanie, Roumanie, etc.
Il était un pays, paisible et bon.
Dort tsu voynen iz a fargenign,
vos dos harts glust dir vost kenstu krign :
a mameligele, a pastramele, a karnatsele,
- un a gleyzele vayn, aha !
Vivre là-bas est un plaisir,
Ce que ton cœur désire, tu peux l'avoir :
De la mamaliga (1), du pastrama (2), des saucisses,
- et un verre de vin, aha !
In Roumania iz dokh gut, fun keyn dayges veyst men nit,
Vayn trinkt men iberal, Me farbayst mit a kashtaval -
Hay digge digge dam - digge digge digge dam
Hay digge digge dam - digge digge dam.
En Roumanie, la vie est si belle que tu ne te soucies de rien,
Partout l'on boit du vin, et l'on prend du caşcaval (3)
Hay digge digge dam - digge digge digge dam
Hay digge digge dam - digge digge dam.
In Roumania iz dokh gut, fun keyn zorgn veyst men nit,
vayn trinkt men iberal, me farbayst a kastrovet -
Hay digge digge dam - digge digge digge dam
Hay digge digge dam - digge digge dam.
En Roumanie, la vie est si belle que personne ne se tracasse,
Partout l'on boit du vin, en mangeant des concombres
Hay digge digge dam - digge digge digge dam
Hay digge digge dam - digge digge dam.
Oy vey g'vald ikh ver meshige, Ikh lib nor brinze, mamelige,
Ikh tants un frey zich biz der stelye ven ikh es a pat-lo-zhe-le,
Tzingma ! - Tay didl di dam - Tzingma ! - Tay didl di dam -
Tzingma ! - Tay didl di dam - Tzingma ! - Tay didl di dam -
Oh là là, je deviens fou, je ne pense plus qu'au fromage et à la mamaliga,
Je danse et bondis aux étoiles quand je mange des patlgele (4)
Tzingma ! - Tay didl di dam - Tzingma ! - Tay didl di dam -
Tzingma ! - Tay didl di dam - Tzingma ! - Tay didl di dam -
Ay, s'iz a mekhaye, beser ken nit zayn,
Ay, a fargenign iz nor rumeynish vayn.
Yokum purkon min sh'maye
shteyt un kusht di kechene, Chaye
ongeton in alte shkrabes
macht a kugel likoved shabes,
Ah, quel bonheur, comment rêver mieux,
Ah, rien ne vaut le vin roumain
Puisse le salut venir du Ciel
Arrête-toi et embrasse la cuisinière, Chaye
Vêtue de chiffons en loques,
Elle prépare pour le sabbat un gâteau,
Zets ! Tai didl di dam,-zets! tai didl di dam, - zets ! tai didl di dam,
Ay, s'iz a mekhaye, beser ken nit zayn,
Ay, a fargenign iz nor rumeynish vayn.
Zets ! Tai didl di dam,- zets! tai didl di dam, - zets ! tai didl di dam,
Ah, quel bonheur, comment rêver mieux
Ah, rien ne vaut le vin roumain.

(1) Sorte de polenta
(2) Viande marinée et salée
(3) Fromage à pâte dure
(4) Pickles de tomates

(traduction personnelle d'après www.cascobaytummlers.com/lyric.html)

Ce site consacré à Aaron Lebedeff (aaronlebedeff.free.fr/index.htm) permet d'écouter quelques-unes de ses chansons. L'on notera parmi elles Gib Mir Besarabye !, c'est-à-dire Rendez-moi la Bessarabie !, sorte d'équivalent moldave à Roumania, Roumania, avec une nouvelle allusion à la 1ère Rhapsodie d'Enesco.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous écrivez : "Cette chanson nous permet d'évoquer cette si douloureuse perte qu'a été l'exil des Juifs de Roumanie, persécutés et vendus comme du bétail par Ceausescu." Etonnant de trouver cette ineptie sur votre blog.La magnifique chanson "Rumenye, rumenye" a été enregistrée pour la première fois en...1925.
Connaissez-vous l'histoire des juifs de Roumanie ? Allez faire un tour sur le site : http://www.sefarad.org/publication/lm/022/roumanie.html
La revedere !
Nina de targu Ocna

Alain Chotil-Fani a dit…

Bonjour Nina,

Seule une lecture imparfaite, voire hâtive, de cet article pourrait laisser supposer que la chanson a été écrite en réaction à la politique de Ceausescu. C’est naturellement faux ; bien au contraire, il s’agit simplement d’évoquer ici le sort de Juifs de Roumanie au siècle passé, à travers l’image lumineuse portée par l’historique Roumania, Roumania de l’entre-deux guerres. Les liens cités auraient dû vous mettre la puce à l’oreille quant à l’époque de la chanson et la biographie d’Aaron Lebedeff, nullement ignorés quand j'ai rédigé ce petit texte.

Je vous invite cordialement à porter un meilleur soin à la lecture de ce site, en espérant lire de votre part de futurs commentaires moins... péremptoires !

Alain CF

N a dit…

Je reviens vers vous tant il est difficile de se comprendre par écrit. Et mon propos politico-historique est sans doute trop grave pour un si joli site musical...Ce qui m'avait frappée dans votre article, c'est que sa formulation laissait entendre que l'exil et les persécutions des juifs roumains se limitaient à l'ère Ceaucescu.
Malheureusement les persécutions des juifs commencent dès le milieu des années 1850 avec bien entendu pour apogée l'année 1941.
Rappel des faits.
L’« Etat légionnaire national» créé par Antonescu et l'organisation fasciste la Garde de fer ayant promulgé un certain nombre de mesures à l’encontre des Juifs, les membres de la Garde de fer ont pillé arbitrairement les entreprises appartenant à des Juifs Ils ont agressé et parfois assassiné des citoyens juifs dans les rues.
Au cours d’une guerre civile de trois jours en janvier
1941 les légionnaires de la Garde de fer ont fomenté un pogrom meurtrier à Bucarest. Le massacre de plusieurs dizaines de civils juifs dans les abattoirs de Bucarest a été particulièrement horrible. Après avoir tué les victimes, les assassins ont suspendu les corps à des crochets de boucherie et les ont mutilé au cours d’une parodie des pratiques d’abattage rituel.
Le 25 juin de la même année, les autorités roumaines ont organisé un pogrom contre la population juive de Iasi en Moldavie. Les policiers roumains ont assassiné des centaines de Juifs dans la cour des bureaux de la police. Plusieurs centaines d’autres ont été massacrés dans les rues ou chez eux. Au total, au moins 4 000 Juifs furent tués à Iasi durant le pogrom. Plusieurs milliers furent arrêtés, entassés dans des wagons de marchandises et déportés à Calarasi et Podul Iloaei au sud-est de Iasi. Nombre de ces déportés moururent en route, de faim ou de déshydratation...

Cf.le livre de Radu Ioanid
"La Roumanie et la shoah"
http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100164620
Extraits http://books.google.fr/books?id=hM1fuRmmcdgC&pg=PA79&lpg=PA79&dq=pogrom+Bucarest+janvier+1941&source=web&ots=uH-aow4DLa&sig=pYReBFjyunHUrtrdq1arJZ4MRg8&hl=fr

Alain Chotil-Fani a dit…

Bonjour Nina,

La référence à Nicolae Ceausescu dans l'article permet d'expliquer au lecteur de 2008 pourquoi la dimension juive dans la société roumaine a tellement diminué depuis l'époque de Lebedeff : nous contemplons cette époque au-delà d'années de terreur, dont Ceausescu est le dernier protagoniste.

Cette courte chronique musicale n'entend évidemment pas retracer l'histoire de la persécution des Juifs ; et rien ne laisse entendre que tout se passait parfaitement avant Ceausescu. Il faudrait être bien mal informé, ou bien naïf, ou les deux, pour s'imaginer que la persécution des Juifs est une invention du dernier président de l'ère communiste ! A ce compte-là, autant s'insurger contre le travail des historiens sur les persécutions des Juifs en Roumanie, qui "laisseraient entendre" que dans d'autres pays, aucun problème de ce type n'existait : cela serait, en vérité, une bien vaine affaire.