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samedi 19 juillet 2014

Enesco et Constantinescu chez Forgotten Records

Il m'est arrivé de parler d'Enesco avec des mélomanes chevronnés. Plusieurs fois, j'ai entendu le même discours, de la part d'interlocuteurs qui ne se connaissaient pas : la musique d'Enesco se partageait entre des oeuvres bienvenues et d'autres impossibles à écouter. Dans la première catégorie : les Rhapsodies bien sûr, la 1ere Symphonie, l'Octuor. Et les oeuvres impossibles : la Symphonie concertante pour violoncelle et orchestre, la 2e Symphonie, la musique de chambre, les Lieder, l'Ouverture de 1947, la Symphonie de chambre op. 33. J'ignore où mes interlocuteurs plaçaient Oedipe, la 3e Sonate pour violon et piano, les oeuvres pour piano et les Suites orchestrales. Mais il est certain qu'en tête de leur liste noire se trouve la Symphonie de Chambre.


Un CD Forgotten Records. fr 859

La Symphonie de Chambre op. 33, ultime oeuvre du compositeur (qui dicta, malade, ses dernières consignes à Marcel Mihalovici en 1954) n'est certes pas populaire. Elle est construite de fragments thématiques, auxquels répondent des imitations de ces fragments, si bien qu'aucune pensée musicale cohérente ne paraît s'imposer à l'auditeur. Une musique décomposée, difficile d'accès et toute aussi rebutante que certains opus de l'Ecole de Vienne. Pour sa dernière partition, Enesco écrit une page courte - les trois mouvements durent en tout un peu plus d'un quart d'heure - et surprenante d'aridité. C'est du moins ce que laisse penser une écoute superficielle. Le vieux maître possédait toute la maîtrise d'un métier qui s'est enrichi des révolutions musicales du dernier romantisme et de l'époque moderne. Cette page exige une attention constante pour être comprise. C'est qu'elle offre un monde en soi : souvenirs d'enfance et pressentiment de la fin prochaine s'entremêlent, dans l'esprit de ce que fera plus tard Chostakovitch dans ses dernières symphonies. Enesco pense sans doute à son pays natal évoquant par endroit ses propres Suites pour orchestre.

Enesco aimait habiller la modernité de son langage avec des atours hérités du romantisme, chose qui l'a un peu trop fait vite fait passer pour rétrograde. Or il renonce ici à ce procédé : toute son originalité souverainement libre apparaît avec ce qu'elle comporte de cru, d'exigeant et de merveilleux. Musique rare, exceptionnelle d'intensité, et, contre tout préjugé, gorgée de la plus sincère émotion.

Le Dixtuor pour vents de 1906, première oeuvre disponible sur le même CD, est moins connue que l'Octuor pour cordes (1900) avec laquelle elle est souvent couplée. Enescu se souvient certes de Mendelssohn et Brahms - et peut être aussi de Dvořák - dans cette partition lyrique et foisonnante, mais affirme déjà une personnalité hors pair. 

Le CD (Ref. fr 859) publié par Forgotten Records restitue impeccablement la gravure de Constantin Silvestri à la tête des meilleurs solistes roumains de son temps pour chacune de ces deux oeuvres.

Le disque s'achève, toujours sous la direction de Silvestri, par le rare Concerto pour piano de Paul Constantinescu. L'orchestre est celui de l'ORTF, et le grand soliste roumain Valentin Gheorghiu est au piano. Constantinescu est un excellent compositeur, très expressif, dont nous avons souligné plusieurs fois sur ce site la valeur. On est un peu surpris par le caractère très post romantique de cette partition de 1952, proche de Rachmaninov parfois, héroïque, chantante, immédiatement accessible mais manquant bizarrement de cette hargne jubilatoire qui nous rend d'ordinaire l'art de Constantinescu si attachant. Il n'en reste pas moins ici une version de référence par des interprètes qui vivaient cette musique mieux que quiconque.

Alain Chotil-Fani, juillet 2014






lundi 30 avril 2012

Silvestri dirige Saint-Saëns, Dukas, Debussy et Ravel

L’art du chef Constantin Silvestri, disparu en 1969, semble quelque peu oublié des mélomanes d’aujourd’hui. La faute sans aucun doute à une vie déracinée. Après la guerre, Silvestri est promis à une carrière d’exception dans sa Roumanie natale. Mais à la mort de Staline, le retour en grâce du chef historique George Georgescu, élève du grand Nikisch et apprécié par Toscanini, lui barre la route du Philharmonique de Bucarest. C’est Silvestri en personne néanmoins qui dirige la première roumaine de l’opéra Œdipe, de Georges Enesco.

Cette victoire de la musique sur le destin est sans lendemain. Le chef se résout à quitter son pays après les attaques du pouvoir contre cette œuvre trop libre.

C’était à la fin des années 1950. Jamais plus il ne reviendra dans un pays communiste. Désormais, son art se mesure à celui de ses plus prestigieux confrères occidentaux. Il dirige en France, au Royaume-Uni surtout, pour s’éteindre à Londres une décennie seulement après son exil. 

Quelques rééditions récentes nous rappellent comment cet artiste hors pair savait faire sonner l’orchestre. Le double CD de musique symphonie française de Forgotten Records (fr 622/3), venant compléter d’autres redécouvertes de ce chef, nous remet dans l’oreille ce don remarquable. Il faut écouter ce que Silvestri parvient à tirer de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, formation habituellement considérée de second rang, dans Fêtes (le deuxième des Trois Nocturnes de Debussy), l’Apprenti Sorcier ou la Danse Macabre. Les plans sont clairs, les interventions instrumentales soulignées avec art. La battue du chef, nerveuse à souhait, sert d’une pointe sèche la passion dont cette musique regorge.

On aura certes connu version plus radicale encore du scherzo symphonique de Paul Dukas (Toscanini en 1951, plus rapide d’une bonne minute) mais il faut goûter ici la rutilance des combinaisons instrumentales. La Danse Macabre, démoniaque de la première à l’ultime mesure, palpite comme un écho occidental de la Nuit sur le Mont Chauve. L’approche du Boléro est presque précautionneuse, en habile prélude aux déclamations crescendo portées par un souffle souverain. L’on écoutera avec grand intérêt les œuvres de Debussy qui occupent la moitié de cette compilation. Sans doute, d’autres interprètes auront su brosser une Mer plus démontée ou un Faune plus charnel, mais Silvestri séduit par le sentiment d’évidence qu’il réussit à imprimer à ces partitions.

Constantin Silvestri appartient à cette génération trop ignorée du grand public et à laquelle la stature – réelle et fabriquée - d’un Karajan a fait tant de tort. On peine, il est vrai, à associer son nom à une formation renommée. C’est pourtant avec la Philharmonie Tchèque qu’il grave en 1953 une Rhapsodie Espagnole de Maurice Ravel explosive et langoureuse. Dommage que le son des musiciens pragois soit mal servi par un spectre sonore trop étroit.

samedi 19 novembre 2011

Festival Enesco 1958 : Oedipe

On est heureux et surpris de trouver l’édition officielle de la première roumaine d’Œdipe, unique opéra d’Enesco. Heureux, car l'oeuvre reste une rareté, en dépit d’un regain d’intérêt sur quelques scènes internationales. Surpris, puisque cette production de l’Opéra de Bucarest dirigée par Constantin Silvestri est restée depuis 1958 inédite au disque ; certains pensaient même qu’elle était définitivement perdue, d’où sa dimension légendaire dans le petit cercle des admirateurs d'Enesco.

Première interrogation : pourquoi un album de deux CD quand l’édition officielle Electrecord de 1964, avec Mihai Brediceanu à la baguette, en contient trois ? S’agit-il d’une version expurgée ? Un coup d’œil sur les minutages ne démontre qu’une différence de neuf minutes entre les deux interprétations. Cet écart ne remplit certes pas un CD : l’explication est qu’Electrecord n’a pas cherché à combler la capacité des disques, quand la Radio Roumaine propose deux galettes bien garnies.

La captation publique du 22 septembre 1958 bénéficie d’une bonne monophonie, un peu saturée par moments. La voix de baryton de David Ohanesian, qui étrenne ici une longue carrière centrée sur l’incarnation du rôle-titre, est parfaitement mise en valeur : à titre d’exemple, l’on écoutera avec le plus grand intérêt le monologue du 2e acte (piste 9), ou encore le début du dernier acte.

Silvestri porte à bout de bras une œuvre qu’il a tant préparée. Mais le pouvoir voyait d’un mauvais œil cet opéra et sa dimension mythique, doublée d’allusions supposées à « l’espace mioritique » du poète Lucian Blaga. 1958, l’année du Festival, est celui des procès contre les intellectuels. La presse ignore le succès musical et public de l’opéra d’Enesco. Comment un artiste pourrait continuer à servir une musique jugée indésirable ? Silvestri devait dès lors choisir son propre destin, au-delà du rideau de fer. Jamais plus il ne reviendra dans cette Roumanie qu’il a tant honorée à travers son art.

L’album comporte un très intéressant extrait des entretiens avec Gavoty, où Enesco joue au piano le passage de l’énigme de la sphinge et la réponse d’Œdipe. Une réelle performance, mais trop brutalement coupée au montage. D’un point de vue technique, quelques raccords hasardeux (entre les tableaux II et III du 2e acte par exemple) auraient pu être évités.

Notice intéressante que l’on aurait aimé voir accompagnée d’un livret. A noter que la transcription en langue roumaine du texte d’Edmond Fleg, réalisée par Emanoil Ciomac, a reçu l’aval officiel du compositeur.

Référence
Editura Casa Radio ECR 268

samedi 12 novembre 2011

Festival Enesco 1958 : Silvestri, Arrau

On découvre avec grand intérêt dans la collection Festival Enesco 1958 un album consacré à la musique roumaine contemporaine.


Alfred Mendelsohn est un nom fréquemment cité dans les encyclopédies, mais absent des catalogues discographiques. La 6e symphonie de ce compositeur débutait le concert de l’Orchestre National de la Radio, avec à sa tête Constantin Silvestri, le 19 septembre 1958. Le choix de cette œuvre revêt une signification particulière. Ecrite l’année de la disparition d’Enesco (1955), elle se veut un hommage au père de la musique savante roumaine.

Le style de Mendelsohn n’est cependant pas celui de son modèle. La symphonie surprend par sa facilité d’écoute, la qualité de son orchestration, son architecture robuste. On peut goûter sa verdeur roborative, à défaut d’une profondeur affirmée. Son mouvement initial (Ben moderate. Allegro ma non troppo) est une sorte de pastorale culminant en un hymne cuivré (6e minute). La danse fantastique du Scherzo –Allegro con brio est aussitôt suivie d’une marche funèbre (Lento doloroso, 3e mouvement). La dernière partie du finale (Con brio, brillante), très extravertie, emprunte en le transformant son thème héroïque à la 1ère symphonie d’Enesco. L’ovation du public rend justice à la ferveur de Silvestri et de ses musiciens de l'Orchestre de la Radio.

Les Trois Danses Roumaines de Theodor Rogalski ne sont pas une découverte : cela fait longtemps que ces miniatures symphoniques de qualité sont disponibles dans les rayons, sous la baguette d’Horia Andreescu. L’on regrette tout de suite le son étriqué de cette nouvelle parution. Que s’est-il passé entre la symphonie de Mendelsohn et les danses de Rogalski pour que le spectre sonore soit réduit à un tel point ? Faut-il incriminer le travail de restauration ? L’imbroglio ici offert à nos oreilles ne rend justice ni aux talents d’instrumentateur de Rogalski, ni à ceux d’interprète de Silvestri.

Le second CD est consacré à Brahms, qu’Enesco admirait tant. Claudio Arrau se rappelle certainement que sa première prestation publique s’est faite sous l’égide de George Georgescu, au sortir de la Grande Guerre. Dans le Deuxième Concerto pour piano du maître allemand, Silvestri s’affirme accompagnateur hors pair. Son orchestre, en dépit de ses faiblesses techniques, répond à un Claudio Arrau très soucieux de souligner les contrastes d’une œuvre poétique et martiale. Le passage piu adagio du mouvement lent est servi avec tout le sentiment que cette musique si délicate mérite.

Mais pourquoi le report a-t-il si sauvagement écourté les deux premiers mouvements ? L’auditeur est victime du même coup de Jarnac que sur le CD Georgescu, quand on aurait aimé savourer l’écho orchestral dans la salle de l’Athénée.

En compléments, Enesco raconte à Gavoty sa rencontre avec Brahms. On se demande pourquoi la Radio roumaine a jugé intéressant, pour finir le CD, de reproduire la courte déclaration d’Arrau dans la parfaite ligne de la doxa communiste, entre le rôle de la musique pour la paix et la merveilleuse clairvoyance du public bucarestois.

Référence : Editura Casa Radio 272

Note

mardi 8 novembre 2011

Festival Enesco 1958 : Silvestri, Enesco, Oistrakh

Peu de temps avant son exil définitif de Roumanie, Constantin Silvestri s’investit corps et âme dans la musique d’un maître qu’il aimait tant. Enesco par Silvestri : il existe dans l’histoire de l’interprétation musicale des associations qui respirent l’évidence. Avant de créer l’opéra Œdipe lors du même festival international de 1958, le chef d’orchestre présente le 5 septembre un récital consacré à deux œuvres de maturité d’Enesco – on lui sait gré de nous épargner une n-ième version des Rhapsodies – et à Beethoven.

On a souvent rapproché l’Ouverture de concert sur des thèmes dans le caractère populaire roumains op 32 en la majeur – Uvertura de concert pe teme în caracter popular românesc, chaque mot est ici important – de l’écriture de Béla Bartók. Pourtant cette pièce sévère, et pourrait-on dire cruelle, avec son thème grimaçant qui revêt des atours fantastiques, évoque tout aussi bien le métier de Dimitri Chostakovitch. Voilà une œuvre lucide de l’après-guerre, sans gloire ni optimisme. On mesure la clairvoyance d’Enesco.

L’art de Silvestri est ici entravé par un orchestre de la Radio un peu pataud, peut-être victime du trac. L’autre interprétation de cette ouverture qu’il nous a laissée, captée en studio avec le même ensemble un rien plus vif (Electrecord EDC799/800, dates d’enregistrement non précisées), rend mieux justice au caractère sardonique de la partition.

Le constat s’inverse avec la troisième suite orchestrale Paysanne (Săteasca) mieux venue dans la version live du Festival que dans le double album déjà cité. Sans doute l’une des plus belles incarnations de cet œuvre majeure, animée d’un supplément d’âme qui faisait défaut à l’Ouverture.

Le deuxième CD présente le concerto pour violon de Beethoven avec David Oïstrakh en soliste. Le virtuose russe a enregistré à de multiples reprises cette œuvre avec toute la maestria, le lyrisme et l’humour dont on le sait capable. Je laisse à plus savant que moi le soin de démêler les avantages et défauts de chaque enregistrement ; on peut toutefois souligner ici la différence de classe entre le soliste et l’orchestre, qui n’a pas le lustre de la Philharmonie : décalages des vents, cordes souffreteuses, sonorités rauques… Silvestri fera incomparablement mieux chanter Vienne après son exil.

En complément, un extrait des entretiens d’Enesco avec Bernard Gavoty (sur le vibrato) et un témoignage de David Oistrakh sur ses rencontres avec le maître roumain. Ce double CD est introduit par l’indicatif du festival où l’on reconnaîtra le thème de la 1ere symphonie d’Enesco.

Référence : Editura Casa Radio 270

dimanche 6 novembre 2011

Festival Enesco 1958 : Georgescu, Menuhin, Oistrakh


J’ai évoqué ici la très longue carrière de George Georgescu. Ce chef déjà âgé redevient à la fin de l’année 1953 titulaire de la Philharmonie de Bucarest, à laquelle il décide d’associer le nom de George Enescu après la mort du compositeur. On devine quelle énergie il fallut aux musiciens bucarestois le 18 septembre 1958, dans le cadre du premier festival dédié au grand créateur, pour soutenir un programme d’une telle exigence : une symphonie moderne de près d’une heure, le Concerto de violon de Brahms, celui pour deux violons BWV 1043 de Bach et la complexe Toccata de Silvestri.

La deuxième symphonie « avec cloches » d’Aram Khatchatourian est, comme tant d’autres musiques soviétiques de cette époque, une fresque de guerre. Chants cuivrés accompagnés de timbales, cantilènes patriotiques, épisodes puissants et funèbres – l’on note la citation du Dies Irae dans l’Andante Sostenuto – et apothéose expressive. Cette œuvre bien écrite semble avoir perdu au fil des âges son pouvoir de séduction. L’histoire de l’interprétation a plutôt privilégié le legs de Chostakovitch ou Prokofiev en la matière, sans parler d’autres auteurs moins célèbres. La symphonie de Khatchatourian lasse par sa dimension et son discours énergique mais trop convenu.

La conception de Georgescu rend pleine justice aux intentions du compositeur. Le chef encourage de la voix ses musiciens dont il parvient à exprimer toute la force lyrique et virtuose. Une prestation instrumentale de très haut niveau.

Le Concerto de Brahms rappelle que le chef roumain est l’élève et légataire d’Arthur Nikisch. Georgescu dirige selon la tradition germanique, tout en puissance et avec un soin particulier des articulations. Une approche qui paraît aujourd’hui datée mais qui a longtemps représenté la quintessence de l’art interprétatif brahmsien. Le final s’en ressent, loin du caractère enjoué que d’aucuns savent lui imprimer, d’autant plus que certains passages semblent mal équilibrés. Question de captation sonore ? Le violon de Menuhin est admirable de maîtrise.

Une vision concentrée mais sans grain de folie. Un regret supplémentaire : on aurait aimé que le report ne coupe pas si brutalement l’accord final du mouvement initial et laisse le beau son de la philharmonie s’épanouir dans la salle de l’Athénée.

L’apparition de David Oïstrakh sur la scène au côté de Menuhin fut l’un des points culminants du Festival. L’on connaît la version miraculeuse d’Enesco lui-même avec le tout jeune Menuhin, en 1932. Monteux dirigeait. En 1958, Georgescu remplace Monteux, et Oïstrakh tient la partie d’Enesco au deuxième violon soliste. Rencontre au sommet, sans doute, et que les commentateurs d’un « dégel » entre l’Est et l’Ouest crurent bon de souligner en tant que geste politique. Musicalement, un témoignage sur la façon dont Bach pouvait être perçu au milieu du XXe siècle, qui pourra paraître en dépit de sa maîtrise instrumentale trop daté en 2011.

La Toccata de Constantin Silvestri est un morceau motorique comme la première moitié du siècle les appréciait – à la fois étude sur le rythme et course à l’abîme. Une partition ciselée par Georgescu et ses musiciens, en salut confraternel à celui qui allait quatre jours plus tard diriger la première roumaine de l’opéra Œdipe.

Le CD se termine avec un extrait des entretiens entre Enesco et Gavoty pour la radio française (1951), dans lequel le Roumain évoque sa rencontre avec Yehudi Menuhin. Le passage n’est pas un inédit, mais on est heureux de réécouter ici le maître rappeler combien la reprise en mains de l’enfant prodige fut parfois nécessaire.

La courte déclaration de Georgescu est plus anecdotique.

Un album essentiel aux amateurs du chef d’orchestre historique de la Philharmonie bucarestoise, ou aux mélomanes curieux des œuvres symphoniques de Khatchatourian ou Silvestri, gratifiées ici d’un remarquable panache.

Référence : Editura Casa Radio 271

dimanche 27 mars 2011

Nouveau CD Silvestri chez Forgotten Records

C’est une histoire sans fin. On aura beau l’avoir entendue dix, cent, mille fois ou plus encore, rien n’y fait. La Symphonie du Nouveau Monde possède le rare privilège de pouvoir émerveiller à chaque écoute. Je ne tomberai pas dans le lieu commun qui voudrait qu’une œuvre d’art puisse s’imposer de la même façon au novice comme au mélomane aguerri. Rien de tel avec la dernière symphonie de Dvořák. Sa richesse est telle que tout amateur y trouve des raisons, différentes et bien réelles, de s’exalter. Le paradoxe est qu'une fréquentation assidue ne parvient pas à modérer cette flamme, bien au contraire.

On pourra rechercher les causes de cet enchantement dans l’intense foisonnement mélodique de la partition, l’intelligence de sa construction ou des raisons extramusicales. J’ai parlé sur ce site de la ferveur humaniste que l’on prête, à tort ou à raison, à une œuvre dont le sujet inconscient dépasse de loin les circonstances qui l’ont vues naître. Peut-être faudra-t-il en définitive admettre que cette œuvre possède quelque chose qui défie l’analyse rationnelle. Certains appellent cela le génie.


Les premières mesures, sous la direction de Constantin Silvestri, retiennent l’attention. Le chef roumain choisit d’accentuer le caractère désolé de l’introduction avec de discrets sforzandi. L’intention peut surprendre tant l’enjeu est risqué. Dvořák connaissait intimement les rouages de l’orchestre, étant lui-même passé par la fosse et ensuite monté sur l’estrade de chef. L’introduction se doit d’être prise en ce qu’elle est, sans artifices ni vibratos, quasi atone, afin de préparer l’élan héroïque du premier thème.

L’intention du chef n’est toutefois pas d’accaparer la partition. Son approche du mouvement initial, très appliquée, rend pleine justice à la musique. Des choix mélodiques flattent l’oreille : le contre-chant des bois, avant l’exposé du troisième thème (mesures 128 et suivantes, 3’34), est ici donné par-dessus la ligne des violons d’habitude privilégiée. Autre passage lumineux quand les flûtes et hautbois en quatuor expriment leur jubilation (mes. 353 et suivantes, à partir de 7’07). Le choix a-t-il été dicté par le souci de mettre en valeur la prestigieuse école française des vents ? Des bois qui se permettent même quelques curieuses arabesques (les flûtes à 6’38, au début de la mesure 324 ; puis lors de la répétition, mesure 332).

La vision de Silvestri est à la fois volontaire et gorgée de lyrisme, si bien que sous sa direction ce mouvement initial est l’un des plus exacerbés qu’il m’ait été donné d’entendre. Les sons parfois un peu âpres de l’orchestre français servent son discours. La National mène le mouvement initial vers une coda époustouflante, que l’on est heureux d’entendre ici sonner comme le diable, comme il se doit d’être. Dès les premières notes, le chef s’inscrit entièrement dans la perspective de ce summum orchestral porté par toute l’énergie dont l’orchestre de la radio pouvait être capable.

Est-ce le rôle dévolu aux bois ? Les contrastes si soudains exacerbés par le chef ? Curieusement, l’on se prend à trouver ici des échos de la si dissemblable 8e symphonie.

Le célèbre Largo est parcouru d’une intense sensibilité que Silvestri s’efforce d’accentuer par un rubato léger (complainte de la flûte, un poco piu mosso, mesure 46, 4’12). A ce jeu, l’orchestre peine à suivre les intentions du chef (mesures 54 et suivantes à 4’50 : les pizzicati des contrebasses en décalage avec la mélodie). Les musiciens français sont moins à l’aise dans les passages intimistes, à l’image du défaut de phrasé des deux cors en sourdine (3’50, mes. 42). La petite harmonie, elle, reste au meilleur de son art. Silvestri réussit les deux derniers mouvements, malgré un pupitre de violons un peu à la peine dans le redoutable Scherzo. L’Allegro con fuoco, porté à bout de bras, confirme une approche impétueuse et d’une grande expressivité.

Silvestri démontre combien il a compris cette musique. L’on ne compte plus les grandes interprétations de la Symphonie du Nouveau Monde. Celle-ci doit-elle en faire partie ? Sans aucun doute, ne serait-ce que pour le premier mouvement, que l’on aura rarement entendu comme une telle course vers une apothéose magistralement révélée.

Le jeune Enesco connaissait Dvořák. Vraisemblablement pas personnellement, car rien dans ses souvenirs ne laisse supposer qu’on lui aurait présenté le maître de Bohême lors de ses études à Vienne. Mais le jeune Roumain admirait un artiste qu’il a joué toute sa vie. Dès 1904 il inscrit le Quatuor Américain au premier programme de la nouvelle formation qu’il vient de fonder avec ses amis chambristes. Trois décennies plus tard, il dirige le Concerto pour violon avec son élève Yehudi Menuhin, dans une version de légende. Pour Enesco, Dvořák était « l’un des plus grands orchestrateurs qui aient jamais existé », dût cette opinion heurter un milieu français un peu trop imbu d’esprit cartésien et de chauvinisme.

Est-ce pour remuer les trop sages âmes parisiennes qu’Enesco écrit au début du XXe siècle ses deux Rhapsodies ? La première rhapsodie obéit aux canons du genre, avec son introduction placide et sa guirlande de danses populaires. Hora, sârba, chants de berger et citation de l’Alouette (Ciocârlia) si chère aux laoutars. Mais cette pièce n’est pas qu’une juxtaposition de cartes postales. L’effondrement général « à la Ravel » de la dernière partie démontre à quel point le jeune Enesco était déjà maître de son art et entré de plain-pied dans la cour des auteurs d’exception.


Silvestri est l’un des meilleurs serviteurs de cette musique qu’il admirait tant. La rencontre avec la Philharmonie Tchèque, en 1956, tient de ces rendez-vous miraculeux dont l’histoire du disque a conservé quelques témoignages. Jouée, notons-le bien, sans la moindre désinvolture, cette première rhapsodie est parée des mille feux d’une des plus remarquables formations symphoniques de son temps. Le dernier complément du CD (mais peut-on raisonnablement parler de compléments quand il s’agit de tels joyaux ?) est la deuxième et dernière rhapsodie roumaine d’Enesco. Souvent mal comprise et de ce fait exécutée selon un tempo trop vif (erreur notamment commise par Dorati), cette œuvre contemplative est ici dominée par une force tranquille parfaitement dosée.

Voici donc une nouvelle parution de très haut rang au catalogue Forgotten Records. A noter que la Symphonie provient d’un microsillon La Voix de son Maître enregistré en 1957, à ne pas confondre avec celle qui suivra deux années plus tard. Les deux Rhapsodies, déjà reportées en CD par Supraphon au début des années 2000 (SU 3514-2 00), semblent aujourd’hui indisponibles.

Références
Un CD ForgottenRecords fr 499, report techniquement irréprochable des LP La Voix de son Maître FALP459 (Dvořák) et Supraphon LPM 310 (Enesco). Voir les détails sur le site ForgottenRecords.


mercredi 15 juillet 2009

Constantin Silvestri à Prague

Forgotten Records, dont nous avons déjà parlé, exploite la veine fertile des enregistrements pragois de l'après-guerre. Une parution récente donne à entendre Édouard Lalo sous la direction de Constantin Silvestri. Le CD est complété par des oeuvres de César Franck par les deux meilleures formations de Bohême, dirigées par des chefs locaux.

Les rares grands concertos pour violoncelle du Romantisme comptent en leur sein le théâtral ré mineur d'Edouard Lalo. A mi-chemin temporel des sommets signés Robert Schumann et Antonín Dvořák, la partition de Lalo, moins aboutie, reste fermement ancrée au répertoire. La faiblesse de la littérature pour cette forme n'explique ce succès, tant l'oeuvre du Français sait fasciner par ses accents dramatiques (les célèbres coups de boutoir de l'orchestre du Prélude, répondant à la tragique cantilène du soliste) tempérés par le charme primesautier de l'intermezzo médian. Dommage que le finale et sa coda, trop convenus, compromettent l'impression initiale et laissent un goût mitigé dans l'oreille.



Redoutable partie pour le soliste. Son jeu, détaché de la masse orchestrale, est exposé à tous les risques. Mais André Navarra est un musicien hors pair, rompu au défi. Ce jour de 1953, en compagnie d'une Philharmonie Tchèque sobrement conduite par Constantin Silvestri, il sait illuminer une partition qui lui est chère. Sa technique irréprochable sert un parti-pris mélodique constant. Le chef roumain se refuse à employer la puissance de l'orchestre à son maximal, comme ont coutume de le faire tant de directeurs de second ordre dans les minutes initiales du Concerto. Et l'on sait combien il est courageux, pour un chef, d'accepter l'effacement derrière un soliste promis à tous les honneurs.
Beau travail de Forgotten Records, qui parvient à faire oublier l'origine microsillon de la source originale. Précisons cependant que le CD officiel Supraphon savait déjà éviter le son désagréable de tant d'enregistrements historiques chez ce label. Grâce en soit rendue à la simple monophonie !
Dans ce même CD Supraphon, les compléments ont leur importance : les deux Rhapsodies d'Enesco, superlatives, sont même mieux magnifiées que chez Dorati ; l'orchestre de Talich et Ančerl donne alors sa pleine mesure. Une belle Rhapsodie espagnole de Maurice Ravel clôt le récital. On peut regretter que Silvestri, encore titulaire jusqu'à la fin de cette année 1953 de la Philharmonie bucarestoise, n'ait pas choisi d'honorer sa nation musicale en proposant à Navarra la peu fréquente (et exigeante, quoiqu'on en dise) Symphonie Concertante d'Enesco.


Les deux œuvres de César Franck qui complètent le CD Forgotten Records sont plus rares. Singulières Variations symphoniques pour piano et orchestre, dans lesquelles le pianiste se détache de la masse orchestrale sans pour autant s'y opposer. L'option concertante est ici hors de propos : pas grand chose à voir avec les vigoureuses variations d'un Liszt ou d'un Rachmaninov. La douce poésie de Franck annonce plutôt la Symphonie sur un chant montagnard de son élève et continuateur Vincent d'Indy. Dès l'incipit, l'orchestre, sur une scansion de iambe, questionne les anapèstes du soliste. Divers épisodes éthérés rendent pleine justice au surnom de Franck - "Pater Seraphicus" - avant de culminer en une joie naïve, une sorte de ronde enfantine où l'on chercherait en vain la moindre pesanteur.

La très discrète Eva Bernátová s'acquitte sans coup férir de sa partie pianistique, même s'il est permis de trouver son martèlement un peu trop insistant dans la conclusion. Václav Smetáček, chef historique du Symphonique de Prague, n'est pas particulièrement réputé pour sa familiarité avec la musique française. Il ménage cependant avec métier ses musiciens, dont les cordes héroïques savent ici chanter en un unisson sans faille.


Le chasseur Maudit offre un tout autre aspect de Franck. Ce poème symphonique, on ne le sait pas assez, est une sorte de Symphonie fantastique en résumé, avec ses quatre mouvements enchaînés mais bien caractérisés (les connaisseurs de musique tchèque ne manqueront pas de faire le rapprochement avec Polednice, la Sorcière de Midi, d'Antonín Dvořák). César Franck s'inspire d'une ballade de Gottfried August Bürger. Chaque strophe est un mouvement du poème symphonique. Respectivement : Andantino quasi allegretto, Poco più animato, Molto lento et Allegro molto – Quasi presto. Voici le texte de Bürger, tel qu'il apparaît en préface de la partition de César Franck (disponible en ligne à l'adresse http://imslp.info/files/imglnks/usimg/4/43/IMSLP13678-Franck_-_Le_Chasseur_Maudit__score_.pdf). Il est si court qu'un résumé serait, au mieux, une paraphrase malhabile.

C'était dimanche au matin ; au loin retentissaient le son joyeux des cloches et les chants religieux de la foule... Sacrilège ! Le farouche comte du Rhin a sonné dans son cor.

Hallo ! Hallo ! La chasse s'élance par les blés, les landes, les prairies - Arrête, comte, je t'en prie, écoute les chants pieux. - Non... Hallo ! Hallo ! - Arrête, comte, je t'en supplie ; prends garde... Non, et la chevauchée se précipite comme un tourbillon.

Soudain, le comte est seul ; son cheval ne veut plus avancer ; il souffle dans son cor ; et le cor ne résonne plus... une voix lugubre, implacable le maudit ; Sacrilège, dit-elle. Sois éternellement couru par l'enfer.

Alors les flammes jaillissent de toutes parts... Le comte, affolé de terreur, s'enfuit, toujours, toujours plus vite, poursuivi par une meute de démons... pendant le jour à travers les abîmes, à minuit à travers les airs...

La vision de Michel Plasson, chez EMI Classics, est fort justement réputée. Le chef français sait faire vivre la moindre nuance de la partition (y compris dans la cellule rythmique de l'appel du cor) et la prise de son parvient à restituer de lointains contrechants des cuivres. Plasson réussit même - grande qualité - à obtenir des musiciens du Capitole de Toulouse un salutaire et si éloquent respect du silence (écouter, par exemple, les mesures avant le Molto Lento).

Quatre décennies plus tôt, dans la salle du Rudolfinum de Prague, Karel Šejna imprimait un élan tout aussi vif à l'orchestre de la Philharmonie Tchèque. En dépit d'un minutage quasi identique à celui de Plasson, Šejna a un engagement certainement moins "littéraire" que ce dernier. En revanche, comme souvent chez lui, l'on note un soin manifeste porté aux détails. Les flammes de l'enfer qui peu à peu surgissent autour du chasseur maudit (conducteur : lettre L, plus animé) et engagent la satanique course à l'abîme ? Une simple phrase aux violons, en apparence discrète, anodine même. Mais, chez Šejna, quel effet ! La réputation des cordes tchèques n'est nullement, sur cet exemple, usurpée.
On ne peut passer sous silence une autre version, bien plus célèbre, du Chasseur maudit avec la Philharmonie Tchèque. Au pupitre, le Français Jean Fournet. Captée en 1967, année de relative libéralisation, alors que la prestigieuse phalange pragoise s'ouvrait à de nombreux chefs étrangers (Serge Baudo, Paul Kletski, Lovro Von Matacic, Antonio Pedrotti...), cette prestation opulente reste, étonamment, moins passionnante que celle de Šejna. Peut-être en raison d'une pâte sonore un peu trop passe-partout ? En stéréo, on l'aura compris, Plasson reste incontournable.
La source LP du compact Forgotten Records passe inaperçue. La dynamique reste satisfaisante.

Références citées dans cet article :

Forgotten Records fr 201 : Edouard Lalo, Concerto pour violoncelle et orchestre en ré mineur.
André Navarra, violoncelle. Orchestre Philharmonique Tchèque, direction Constantin Silvestri.
César Franck, Variations symphoniques pour piano et orchestre.
Eva Bernátová, piano. Orchestre Symphonique de Prague, direction Václav Smetáček.
César Franck, Le chasseur maudit.
Orchestre Philharmonique Tchèque, direction Karel Šejna.

Emi Classics 5 55385 2 : César Franck, Le chasseur maudit + autres poèmes symphoniques français.
Orchestre du Capitole de Toulouse, direction Michel Plasson.

Supraphon Crystal Collection 11 0613-2 : César Franck, Le chasseur maudit + Symphonie en ré mineur, Les Djinns.
Orchestre Philharmonique Tchèque, direction Jean Fournet (Sir John Barbirolli dans la Symphonie).

lundi 8 septembre 2008

Constantin Silvestri (1913, Bucarest - 1969, Londres)

Compositeur, chef d'orchestre, pianiste et professeur.
Ses premiers professeurs au Conservatoire de Târgu Mureş se nomment Maximilian Costin pour la théorie musicale, Rudolf Zsizsmann pour l'harmonie, Zeno Vancea pour la composition, l'harmonie et l'histoire de la musique, Piroska-Metz pour le piano. Il y étudie six années à partir de 1922. Il reprend ses études musicales à Bucarest de 1931 à 1936. Faust Nicolescu est son maître en théorie musicale alors que Mihail Jora complète sa formation en harmonie, contrepoint et forme musicale. Ses autres professeurs sont Dimitrie Cuclin, pour la composition ; Constantin Brăiloiu, pour l'histoire de la musique et le folklore ; Mihail Andricu, pour la musique de chambre ; Florica Musicescu, pour le piano. Il suit en dehors du Conservatoire les cours de piano d'Aurelia Margulier et, pendant deux années, étudie à la Faculté de Droit et de Philosophie.
Ses débuts en tant que pianiste (1922) sont suivis en 1928 de ses premières apparitions au pupitre d'un orchestre. Cette dernière activité prend le dessus : en 1946 il abandonne sa carrière de pianiste pour se consacrer à la direction. Il est étroitement associé à l'Opéra Roumain de Bucarest, en tant que chef répétiteur, chef titulaire (1939-1949) et directeur (1953-1957). Il dirige l'orchestre de l'Association de la Jeunesse Chrétienne (ACT) bucarestoise de 1941 à 1946. En 1945 il devient chef de l'Orchestre Philharmonique de Bucarest dont il est nommé directeur deux années plus tard. En 1953, il quitte la Philharmonie au bénéfice de George Georgescu. Constantin Silvestri devient le premier chef de l'Orchestre de la Radio de 1958 à 1960. En 1958, la production d'Oedipe, unique opéra de Georges Enesco, sous sa direction, couronne le premier festival consacré au compositeur. En 1960, il choisit l'exil pour se réfugier en France puis en Angleterre. Il est nommé chef principal de l'Orchestre Symphonique de Bournemouth en1961, poste qu'il occupe jusqu'à sa disparition.
Ses nombreuses tournées l'ont mené sur les cinq continents. Parmi ses élèves l'on trouve Mihai Brediceanu, Mircea Cristescu, Anatol Vieru, Eugen Pricope.

Son activité de compositeur, relativement réduite, lui a valu la reconnaissance de ses pairs : il est quatre fois primé au concours George Enesco (deuxième mention, 1932 ; deuxième prix, 1934 et 1936 ; premier prix, 1937). Sa musique symphonique est représentée par des Danses populaires (1932), Trois pièces pour cordes (1933, révision en 1950), Trois caprices (1934), une suite de ballet Triptic (1936), un Concerto grosso (1941) et un Prélude et Fugue (1955). Il consacre au piano trois Suites, une Sonate, une Sonatine, une Rhapsodie et quelques chants. C. Silvestri illustre à plusieurs reprises le genre de la Sonate en duo en associant au piano un violoncelle (à deux occasions : 1937 et 1941), un hautbois (1939), une clarinette (1942) ou une flûte (1942). Deux Quatuors (pour vents, 1935 ; pour cordes, 1947) complètent sa musique instrumentale. Citons enfin deux cycles de lieder et un chœur mixte.

Sources
  • Viorel Cosma, Muzicieni din România, vol. VIII, Editura muzicală, Bucureşti, 2005 - ISBN 973-42-0404-1